Bruxelles passe les taux Euribor sur le gril
Voilà une affaire dont les banques européennes se seraient passées. La Commission européenne a confirmé hier avoir mené des inspections chez certaines des banques qui contribuent à fixer les taux de référence Euribor. Elle soupçonne une manipulation du taux interbancaire, en contravention des règles antitrust européennes. L’affaire fait écho aux enquêtes lancées par les autorités américaines et japonaises sur une minoration artificielle du Libor, la référence concurrente de l’Euribor.
La Commission enquête, comme le font les autorités américaines et japonaises», se bornait hier à indiquer un porte-parole. Mais Bruxelles a des arguments. De sources proches du dossier, ses services ont reçu une «demande de clémence» qui a entraîné l’ouverture de l’enquête. Autrement dit, au moins une banque se serait dénoncée auprès de la Commission, sur le principe de la faute avouée à demi pardonnée.
En juillet, UBS, mise en cause dans les enquêtes sur le Libor et le Tibor (le taux interbancaire de Tokyo), avait indiqué bénéficier d’une «clémence ou d’une immunité conditionnelle» en échange de sa collaboration avec la SEC et la FSA japonaise.
Les taux Euribor, qui couvrent des maturités d’une semaine à 12 mois, sont publiés chaque matin par la Fédération bancaire européenne. Un panel de 44 banques y contribue. On y trouve toutes les grandes banques françaises et leurs principales concurrentes de la zone euro, ainsi que Barclays, UBS, Citigroup ou encore JPMorgan. En cas de manipulation, beaucoup d’investisseurs pourraient se sentir lésés: les Euribor servent de référence à une multitude de prêts et d’obligations, ainsi que de produits dérivés.
Bruxelles ne soupçonne pas un cartel général impliquant les 44 établissements, mais plutôt des arrangements bilatéraux entre une minorité. Les services de la concurrence n’ont d’ailleurs mené leurs raids que dans une poignée de banques. De sources concordantes, Deutsche Bank à Londres en fait partie.
A la Fédération bancaire européenne, qui n’a pas été officiellement saisie par Bruxelles, on se retranche derrière la méthode de fixation de l’Euribor. «Il y a 44 banques dans le panel et l’on élimine chaque jour les 15% de prix les plus hauts et les 15% plus bas», souligne Cédric Quemener, directeur Euribor à la FBE. D’où la perplexité des professionnels. «Si deux ou trois banques faussaient leurs déclarations, cela n’aurait pas d’effet sur l’Euribor et donc pas grand intérêt. Et si la majorité du panel tentait une manipulation, cela se verrait assez vite», estime un trésorier de banque.
A titre de comparaison, seulement 16 banques contribuaient à fixer le Libor dollar, un nombre porté à 20 depuis. Le taux reflète les conditions auxquelles un établissement s’attend à emprunter. Alors que dans le cas de l’Euribor, un contributeur déclare le prix auquel, à sa connaissance, une banque de premier plan prête à une autre.
L’affaire tombe mal pour le secteur, qui prépare depuis des mois un projet d’Euribor dollar pour concurrencer le Libor dollar. Le nouvel indice, auquel une banque chinoise au moins a accepté de s’associer, devait être testé jusqu’à fin décembre avant d’être lancé. Un décalage n’est pas à exclure. «Cette enquête risque de couper l’herbe sous le pied à une initiative européenne qui pouvait améliorer la liquidité en Europe», regrette Cédric Quemener.
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