Bruno Bézard va prendre les rênes d’un Trésor tiraillé entre deux ministres
Cette fois, l’Etat a évité les fausses notes après le coup de force manqué de Matignon fin 2013 face à Bercy. Bruno Bézard doit succéder le 29 juin à Ramon Fernandez à la direction du Trésor, ont annoncé vendredi le ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg, et celui des Finances, Michel Sapin. A bientôt 51 ans, cet X Ena, passé par le cabinet de Lionel Jospin à Matignon et la direction de l’Agence des participations de l’Etat de 2007 à 2010, dirige depuis 2012 la puissante direction générale des finances publiques.
Il aura la lourde tâche de faire oublier Ramon Fernandez, très apprécié des partenaires européens de la France pour son rôle dans la gestion de la crise en zone euro, à un moment où ces derniers s’impatientent devant le manque de réformes à Paris. Mais le défi est aussi interne: Bruno Bézard s’apprête en effet à prendre les rênes d’une institution tiraillée entre deux ministres, et même trois si l’on considère que le commerce extérieur a été rattaché à Laurent Fabius au Quai d’Orsay lors du dernier remaniement.
Jusqu’à présent, le Trésor avait fonctionné sous la seule responsabilité d’un ministère de l’Economie et des Finances. La scission de ces deux fonctions conduit à tronçonner la direction générale au risque de brouiller son efficacité et la lisibilité de son action. «On ne peut dire aujourd’hui quel est le ministre en charge des assurances», regrette ainsi, dans l’édito de sa dernière lettre mensuelle de mai, le Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (Gema). Michel Sapin représente la France dans des instances européennes comme l’Ecofin et a dans ses attributions le secteur financier, mais le financement de l’économie et la consommation sont rattachés à Arnaud Montebourg. «Il faut espérer, pour les mutuelles d’assurance notamment, que les deux ministres travailleront en bonne entente car les sujets communs aux deux sont nombreux et constituent potentiellement autant d’occasion de frictions ou de blocages», souligne le Gema.
Du côté des établissements de crédit, Michel Sapin constitue en théorie l’interlocuteur de référence. Cela n’a pas empêché récemment Arnaud Montebourg d’épingler les grandes banques françaises sur leur volonté de financer l’économie, l’un de ses domaines de compétence, mais aussi sur le niveau des rémunérations de leurs dirigeants, qui sort clairement de son champ d’action. Entre ces deux tutelles, le nouveau directeur du Trésor devra manœuvrer avec habileté.
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