BNP Paribas a dû passer à la paille de fer les activités de Fortis Private Bank
De l’avis général, l’acquisition de Fortis par BNP Paribas passe pour l’un des rares coups gagnants de la crise financière. Mais l’intégration des activités de banque privée du groupe belge est loin d’avoir été une promenade de santé. Si BNP Paribas Fortis Private Banking tire un bilan positif de la fusion en Belgique, la banque française ne pensait pas découvrir autant de «cadavres» dans les placards hors du royaume.
Lorsque BNP Paribas annonce le 8 octobre 2008 le rachat de Fortis, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend. Les craintes sur le portefeuille de produits structurés du groupe belge et l’urgence des négociations, dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers, n’ont pas permis de mener des due diligences poussées sur l’activité de banque privée. Cette dernière, créditée de 60 milliards d’euros d’actifs, doit alors propulser le nouvel ensemble au septième rang du secteur en Europe, avec 209 milliards d’actifs.
La banque va rapidement déchanter. «Hors du Benelux, Fortis Private Bank n’avait pas de procédures. Les équipes locales faisaient du développement tous azimuts, sans aucun contrôle», indique un bon connaisseur du dossier. Très vite, les équipes de BNP Paribas s’aperçoivent que des opérations ou des clients ne correspondent pas à la politique maison en matière de conformité et de risques. Les actifs de Fortis Private Bank apparaissent en outre surévalués, à cause de doubles comptages entre encours de crédit et de dépôts pour un même client. Et certains prêts n’offrent pas un niveau de sécurité suffisant.
BNP Paribas a donc dû réduire la voilure chez Fortis Private Bank hors du Benelux, et se séparer volontairement de certains clients. Au passif, la réduction de l’encours atteindrait entre 40 et 50%, selon des sources proches. A l’actif, les prêts auraient été amputés de 30%.
Cette politique n’est pas directement lisible dans les comptes de la banque. A fin juin 2009, BNP Paribas, Fortis, et la filiale luxembourgeoise BGL, affichaient 237 milliards d’actifs en banque privée. Fin septembre 2010, l’encours atteint 251 milliards. Il intègre le néerlandais Insinger de Beaufort, qui gérait plus de 6 milliards lors de son rachat en avril 2009. Une acquisition qui pourrait bien être la dernière avant longtemps dans ce métier, le dossier Fortis Private Bank ayant douché les ambitions de croissance externe du groupe.
Plus d'articles du même thème
-
Berkshire Hathaway met un terme à l’augmentation continue de sa trésorerie
Le groupe cofondé par Warren Buffett a nettement accéléré le rythme de ses rachats d’actions et de ses investissements depuis le printemps dernier. -
Plus patrimoniale, l’assurance vie poursuit son irrésistible aristocratisation
La grande bascule de l’assurance vie vers la gestion patrimoniale s'accélère. Porté par des versements records au premier semestre 2026, le placement phare des épargnants accentue sa montée en gamme, tirée par une clientèle aisée en quête d'allocations plus sophistiquées. Après les années de démocratisation alimentée par les bancassureurs, cette tendance redessine en profondeur l'équilibre entre fonds euros et unités de compte. -
Les lignes bougent dans les projets éoliens aux Etats-Unis
Alors qu’un tribunal fédéral a ordonné à l’administration Trump de lever le gel afférent à l’examen de parcs terrestres, RWE se désengage à son tour de l’éolien en mer dans ce pays. -
Le pétrole reste suspendu aux incertitudes dans le détroit d’Ormuz
Les cours du brut sont repartis à la hausse alors que l’accord entre l’Iran et Oman n’assure pas une réouverture rapide du détroit. Le conflit s’étend désormais au Yémen et à l’Arabie saoudite. -
Volkswagen doit répondre à des injonctions contradictoires
Alors que son actionnaire de référence, Porsche SE, exhorte le groupe à accélérer ses prises de décision pour sortir du marasme, la résistance des salariés et des syndicats se renforce. -
Le manque d’audace pénalise Swiss Re et Munich Re
Malgré des résultats financiers en hausse sur les six premiers mois de l’année, les deux premiers réassureurs mondiaux ont été sanctionnés en Bourse à l’issue de leurs publications semestrielles. Ils n’ont pas su répondre aux attentes des investisseurs, particulièrement exigeants sur les perspectives.
ETF à la Une
Fineco AM lance trois ETF Ucits avec Amundi
- De prince déchu de l’IA à lanceur d’alerte malgré lui
- BlackRock lance la tokenisation de ses fonds monétaires UCITS en Europe
- AllianzGI accélère son expansion en Asie avec l'acquisition d'UOB Asset Management
- Oddo BHF met la main sur la plateforme de services aux fonds Ifsam
- Fineco AM lance trois ETF Ucits avec Amundi
Contenu de nos partenaires
-
Sans filtrePrésidentielle : le RN face à ses maires francs-tireurs
A huit mois de la présidentielle, le RN cherche à gommer ses irritants. Mais ses nouveaux maires, eux, semblent avoir gagné une liberté qui pourrait bien compliquer la stratégie de Marine Le Pen au niveau national -
EditoGérald Darmanin, l’affaire Lyhanna et le boomerang
Le courrier explosif que le ministre de la Justice a adressé à Laurent Nuñez, énumérant les défaillances des services de police dans la prise en compte des violences sexuelles sur mineurs, pourrait bien se retourner contre lui -
Main dans la mainL'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont-ils créé une Otan du Moyen-Orient ?
Avec leur accord de défense mutuelle signé à La Mecque, les trois puissances veulent renforcer leur pouvoir de dissuasion