Bluenext ferme boutique faute de pouvoir organiser les enchères de CO2
C’est un coup dur pour le monde français de la finance carbone. Bluenext, la bourse du CO2 détenue à 60% par Nyse Euronext et à 40% par la Caisse des dépôts (via CDC Climat) a annoncé hier à ses clients sa fermeture. Les transactions ne pourront plus être passées à partir du 5 décembre prochain, tandis que tous les comptes seront fermés le 17 décembre. Bluenext compte à ce jour une trentaine de collaborateurs et une centaine de membres.
«Avec une baisse de la volatilité et de la liquidité sur le marché, nos actionnaires ont décidé d’arrêter», explique Philippe Chauvancy, porte-parole chez Bluenext. Le marché du carbone est touché par la crise et les incertitudes sur le nombre de quotas mis sur le marché.
Surtout, la Bourse n’a pas été sélectionnée par la Commission pour organiser la distribution de permis à polluer au niveau européen. Alors qu’ils sont généralement alloués gratuitement, ils seront pour près de la moitié mis aux enchères dans le cadre du passage à la phase 3 du système européen de quotas. Celle-ci commence en 2013. «On avait fondé de beaux espoirs sur cette plate-forme d’enchères», explique Philippe Chauvancy.
C’est la plate-forme allemande EEX qui a raflé la mise ruinant les espoirs de Bluenext de prendre une nouvelle dimension. « On perd la référence du marché spot. Les acteurs vont devoir trouver une nouvelle référence, EEX pourrait éventuellement reprendre le flambeau », souligne Isabelle Curien, analyste spécialisée sur le marché du carbone chez Deutsche Bank.
Bluenext était certes à la pointe sur le marché au comptant mais «le marché de CO2, s’est toujours structuré autour du marché à terme. Bluenext a essayé de se mettre sur ce marché mais n’a pas réussi face à des acteurs déjà très puissants comme ICE et EEX», explique Emmanuel Fages, consultant chez Roland Berger. Selon lui, la Bourse française a aussi pâti de la fraude à la TVA qui a rendu les investisseurs plus défiants et valu à Bluenext une ardoise fiscale de 32 millions d’euros. L’entreprise et son actionnaire, CDC Climat, réfutent cette analyse.
Il semble en tout cas bien loin le temps où la France espérait jouer un rôle clé dans le trading de quotas de CO2. En 2009, le gouvernement installait un comité de place France Carbone, et le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo disait vouloir faire de l’Hexagone l’une des premières places européennes en matière de Bourse carbone.
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