Berlin s’attaque aux maux de son système bancaire
L’Allemagne semble enfin décidée à s’attaquer au mal endémique qui ronge ses banques. Les rumeurs entourant la montée du Qatar au capital de Deutsche Bank constituent le dernier signe des grandes manœuvres en cours dans le pays. Non confirmé à ce stade, l’engagement de l’émirat, déjà actionnaire à 6%, offrirait à la première banque allemande un soutien bienvenu dans une période difficile. Cette recapitalisation pourrait ouvrir la voie au deuxième acte de la restructuration, un mariage entre Deutsche Bank et Commerzbank. Les dirigeants du groupe se défendent de préparer une telle union, qui créerait autant de problèmes qu’elle en résoudrait. Mais les spéculations redoublent depuis que le ministre des Finances Olaf Scholz a déclaré vouloir rendre le secteur bancaire allemand plus fort en Europe et dans le monde. En attendant cet hypothétique mariage, un autre dossier accapare les autorités : le sauvetage de la banque publique régionale NordLB, qui doit trouver 3,5 milliards d’euros d’argent frais. Ses actionnaires, le Land de Basse-Saxe et les caisses d’épargne, seraient prêts aujourd’hui à faire rentrer des fonds privés au capital du prêteur en difficulté.
Ces mouvements témoignent d’une prise de conscience que l’on n’attendait plus. Car c’est bien de l’autre côté du Rhin que se situe aujourd’hui le maillon faible du secteur bancaire européen. Pendant que l’Espagne, la Grèce et même l’Italie, engageaient, contraintes et forcées, la restructuration de leurs établissements de crédit, Berlin a laissé perdurer une situation intenable. Deutsche Bank, « champion » national, a perdu plus de la moitié de sa valeur boursière l’an dernier et a signé trois exercices de pertes ; Commerzbank, éternelle convalescente, compte encore l’Etat comme actionnaire à hauteur de 15% de son capital ; quant au marché domestique allemand, il est verrouillé par un secteur coopératif très lié aux Länder. Cette structure rend le marché domestique peu rentable et empêche tout mouvement de consolidation. Si Berlin veut sortir le secteur bancaire de sa léthargie, la tâche des décideurs politiques et économiques outre-Rhin s’annonce immense.
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