Bâle III constitue une opportunité pour la cession des actifs des « bad banks »
Malgré la poursuite des émissions de titrisation, l’offre demeure insuffisante pour faire de 2010 l’année de la renaissance du financement structuré. Et pour cause. Suite à la disparation des véhicules de titrisation (conduits) et autres structures déconsolidées (SIV, CDO), leurs banques sponsors ont hérité d’un montant exorbitant de titrisations qui restent encore logées dans leur bilan. «Les banques européennes détiennent à leur bilan 2.000 milliards d’euros d’actifs titrisés, montant qui comprend d’une part, près de 800 milliards de «legacy assets», ces actifs hérités de la crise et émis avant le troisième trimestre 2007, et d’autre part, 1.200 milliards de nouvelles émissions», explique à L’Agefi Jean-Marc Delfieux, gérant crédit chez Tikehau IM.
D’après l’expert, avant la crise, 15% des actifs hérités étaient détenus par les banques, contre 25% pour les SIV et 15% pour les conduits. Mais aujourd’hui, près de 75% de ces actifs sont détenus par les banques et leurs structures de cantonnement. Seulement 15% de ces actifs font l’objet d’échanges réguliers sur le marché secondaire. Une partie des 85% restants dorment au bilan des établissements de crédit. En Europe, le transfert des actifs à risques hérités vers de nouveaux acheteurs a été lent, mais s’est principalement orienté vers les investisseurs «dormants», les structures de défaisance ou les «bad banks». Elles détiendraient 15 à 20% des encours d’actifs hérités.
«En l’absence de défaisance forcée ou d’arrivée naturelle à maturité [des titrisations, ndlr], l’application de Bâle III fin 2012 au mieux pourrait inciter les banques à faire sortir les legacy assets de leur bilan pour respecter les niveaux de fonds propres réglementaires à venir», ajoute Jean-Marc Delfieux. La fenêtre de liquidité partiellement retrouvée pour cette classe d’actifs offre, selon lui, l’opportunité aux «bad banks» de réduire leurs engagements et leurs actifs.
Même si les prix des titrisations sur le secondaire se sont normalisés, un processus de vente fluide et organisée de ces actifs est difficile à anticiper. Pour qu’elles attirent les acheteurs, les titrisations héritées ont besoin d’être restructurées. Face à la perspective de Bâle III, les banques peuvent aussi sacrifier leur rentabilité sur fonds propres en augmentant leur capital ou s’assurer contre les pertes causées par ces actifs pour alléger le bilan d’une partie de son risque.
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