Années terribles, suite et fin ?
Dix ans après le déclenchement de la crise, les financiers français esquissent un sourire. L’enquête que L’Agefi et KPMG réalisent depuis neuf ans montre que leur humeur se dégrise et que la régulation qui les submerge depuis près d’une décennie trouve enfin grâce à leurs yeux (lire notre rubrique Horizons). Au rebours de l’opinion exprimée l’an dernier encore, ils considèrent à une confortable majorité que la stabilité financière est mieux assurée. Mieux : alors que leurs associations et leurs régulateurs bataillent depuis des mois pour finaliser Bâle 3 à des conditions les moins désavantageuses possibles, les trois quarts des banquiers interrogés se disent demandeurs d’une conclusion des négociations. Si, comme tout porte à le croire, celle-ci survient début décembre, ils s’assurent disposés à appliquer le compromis sans état d’âme.
A la vérité, les financiers français sont prêts à clore le chapitre des années terribles. Le souffle politique nouveau qui réchauffe l’atmosphère en France ne les laisse pas indifférents, au point de considérer, là encore pour la première fois, que la position concurrentielle de leur marché national se stabilise, voire s’améliore ! Il est vrai que plusieurs mesures fiscales favorables les ont concernés, dont le bénéfice est appréciable même en tenant compte de la surtaxe d’impôt sur les sociétés qui se profile pour les grands de la finance nationale ; il est vrai encore que les premiers bénéfices du Brexit se font sentir. Pour autant, banquiers et assureurs ne cèdent à aucun optimisme béat, comme le montre leur jugement lucide sur les pans de régulation qui restent à avaler (MIF 2, IFRS 9, DSP 2…), ainsi que sur les failles que les régulateurs n’ont pas encore pu, ou voulu, réduire. Elles concernent le « shadow banking » et la disruption numérique, promue au sommet de leurs préoccupations et de leurs espoirs.
Ce phénomène, avec ses conséquences sur la cybersécurité, est tenu par un tiers d’entre eux comme le risque numéro un. Comment ne pas partager ce choix, en observant les récentes attaques d’ampleur colossale visant des acteurs dont le positionnement numérique aurait dû faire des forteresses imprenables pour les pirates, comme Equifax ou Uber ? Que se passerait-il si, à l’instar de la mésaventure survenue au vétéciste, une banque systémique mondiale subissait un vol de données portant sur des dizaines de millions de comptes ? Quelle serait la réaction des clients devant une telle rupture de la confiance ? Pour ceux qui s’interrogent sur la cause possible de la prochaine crise financière, celle-là n’a rien d’un fantasme. Dès lors, l’heure de se reposer en matière de régulation est loin d’avoir sonné. Certains textes touchant aux données personnelles, comme la GDPR, d’application toute proche mais pas encore au centre des radars professionnels, se chargeront de ramener les plus insouciants à une réalité toujours menaçante.
Plus d'articles du même thème
-
L’industrie automobile américaine hausse le ton contre la Chine
L’Alliance for Automotive Innovation (AAI) demande au Congrès d’interdire aux Etats-Unis de manière permanente les véhicules chinois connectés. -
Anthropic et OpenAI rivalisent d’annonces avant leurs IPO
Ligne de crédit renouvelable de 15 milliards de dollars d’un côté, nouvel outil, GPT-6 Astra, aussi puissant qu’inquiétant de l’autre : avec leurs annonces impressionnantes, les deux stars de l’IA veulent épater les marchés et les investisseurs. -
Gaël Monfils veut devenir gestionnaire de fortune
Une fois sa carrière terminée, le joueur de tennis français devrait rejoindre dès l'année prochaine le gestionnaire de fortune Alphaswiss basé à Genève. -
Altarea et Praemia enterrent la hache de guerre de manière originale
Les deux groupes, qui étaient en procès depuis 2022, ont conclu le 28 août un accord qui met fin à leur différend. A cette occasion, Altarea injecte 60 millions de capital dans le gestionnaire de SCPI. -
L’aide à mourir questionne la couverture assurantielle du décès
En distinguant clairement l’aide à mourir du suicide ou de l'euthanasie, la nouvelle législation modifie les règles de couverture du risque décès. Si le principe de la prise en charge est désormais posé, plusieurs situations restent néanmoins à clarifier, notamment en cas de recours à une procédure étrangère ou de non-respect des conditions légales. -
Hermann Pfeifer quitte Invesco après moins d’un an
L’ancien responsable mondial adjoint de la distribution ETF chez Amundi a connu un bref passage au sein de la société de gestion américaine.
ETF à la Une
Les ETF mondiaux continuent de faire le plein, l’or et le bitcoin accélèrent en août
- Amundi repasse devant UBS dans le classement des gestionnaires de fonds ouverts en Europe
- Fusions-acquisitions : la gestion d'actifs n'a pas pris de vacances en août
- Sidney Oury : «L'objectif d'IVO est d'atteindre un tiers d'encours internationaux d'ici à trois ans»
- Les ETF mondiaux continuent de faire le plein, l’or et le bitcoin accélèrent en août
- Les entreprises au défi de l'allocation durable de leur trésorerie et épargne
Contenu de nos partenaires
-
IA : avec son nouveau modèle Astra, OpenAI assure le spectacle
L'entreprise de Sam Altman a dévoilé hier soir son nouveau modèle d'IA. La bataille à distance contre Anthropic pour dominer l'intelligence artificielle continue de plus belle -
Royaume-Uni : à Birmingham, le duo Farage-Bardella a rejoué la carte de l’Entente cordiale
Le chef du Rassemblement national était l’invité d’honneur de Nigel Farage à la conférence de rentrée de Reform UK. Sur la scène principale, ils ont signé un protocole d’accord autorisant le renvoi en France des migrants en situation irrégulière interceptés dans la Manche -
Entre l'Espagne et le Maroc, l'apaisement tourne au piège politique pour Pedro Sanchez
Après la crise migratoire à Ceuta, le Premier ministre espagnol rejette toute responsabilité du Maroc. Mais la stratégie pourrait lui coûter très cher, alors qu'il est accusé de manquer de fermeté jusqu'au sein de son gouvernement