2015 marque le grand retour du risque politique en zone euro
L’année 2014 s’est achevée sur une résurgence du risque politique en zone euro, les élections législatives anticipées en Grèce, prévues pour le 25 janvier, venant rappeler qu’en la matière, la stabilité n’est jamais acquise. Le risque politique devrait davantage encore rythmer la vie des marchés en 2015, en raison des multiples rendez-vous institutionnels prévus cette année, pour certains dès le mois de janvier. Petite revue des principales échéances à venir.
Le jugement sur l’OMT. Le 14 janvier, la Cour européenne de justice se penchera sur la légalité du programme OMT (outright monetary purchases) de la Banque centrale européenne. Plus précisément, c’est son avocat général qui rendra un avis non contraignant, mais généralement suivi par les juges dans les trois quarts des cas. Saisie par 37.000 citoyens allemands, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe avait renvoyé en février 2014 la question aux juges du Luxembourg, seuls compétents pour juger de la conformité des actions de la BCE avec les traités européens.
L’OMT, programme d’achat de dette souveraine dévoilé l’été 2012, n’a jamais servi. Mais son annonce, juste après le fameux «whatever it takes» de Mario Draghi, président de la BCE, en juillet 2012, a servi à éloigner dans l’esprit des investisseurs la menace d’un éclatement de la zone euro. La Cour de Karlsruhe considère que des achats illimités d’emprunts d’Etat de la zone euro violeraient les traités européens qui interdisent à la banque centrale de financer les budgets nationaux. Elle plaide pour des achats limités en taille, et sous conditions, comme l’existence d’un plan de réforme.
Si l’avocat général était de la même opinion, cela pourrait-il remettre en cause le lancement d’un plan d’achat de dette souveraine dans le cadre d’un assouplissement quantitatif de la BCE ? «La question posée sur l’OMT est de nature différente, relativise une source proche de la banque centrale. Karlsruhe a demandé si l’on créerait des distorsions en ciblant la dette de certains Etats. La question ne se pose pas si l’on mène une politique d’achat horizontale», fondée sur les clés de répartition entre Etats au capital de la BCE. Dans tous les cas, la Cour européenne ne devrait pas trancher avant plusieurs mois.
Le rendez-vous de la BCE. Le 22 janvier ou le 5 mars? Pour un nombre croissant d’économistes, la Banque centrale européenne pourrait bien décider lors de l’une de ses deux prochaines réunions de politique monétaire, de lancer son «QE» souverain. La BCE inaugurera à cette occasion un nouveau mode de fonctionnement: réunions désormais espacées de six semaines, publication des comptes-rendus, rotation des droits de vote au conseil des gouverneurs… Si la banque centrale devait temporiser, ce qui est loin d’être exclu compte tenu des nombreux détails techniques à régler pour trouver un consensus autour d’un QE, notamment avec la Bundesbank, la réaction des marchés pourrait être brutale.
La sortie du plan d’aide à la Grèce. Le 28 février, le deuxième plan d’aide à la Grèce prendra fin. Censé s’achever le 31 décembre 2014, il a été prolongé de deux mois alors que le pays organisait des élections présidentielles anticipées. «Pour l’heure, l’issue la plus probable serait un accord sur un nouveau programme de précaution, en utilisant les 11 milliards d’euros de fonds non utilisés dans le cadre de l’actuel programme de l’Union européenne», soulignaient les économistes de HSBC le 17 décembre. Mais tout dépendra du résultat des élections législatives du 25 janvier. Le FMI a prévenu qu’il ne reprendrait pas les discussions avant la formation du gouvernement qui sortira des urnes. L’octroi d’une ligne de crédit de précaution permettrait à la Grèce de se financer sur les marchés à un coût moindre, alors que son taux à 10 ans est passé au-dessus de 9% après l'échec de la présidentielle anticipée le 29 décembre.
Les scrutins en Europe du Sud. L’Italie, l’Espagne et le Portugal vont aussi connaître d’importantes élections en 2015. A Rome, la démission du président Giorgio Napolitano, attendue le 14 janvier, donnera-t-elle lieu au psychodrame d’il y a deux ans, quand Romani Prodi avait échoué à trouver une majorité sur son nom? Le futur président devra en effet mettre d’accord 1.007 grands électeurs et gagner à la fois le soutien du Parti démocratique de Matteo Renzi et de Forza Italia, celui de Silvio Berlusconi. En cas de blocage, des élections générales anticipées seraient à craindre.
Les scrutins législatifs portugais et espagnols pourraient apporter, eux, de l’instabilité à l’automne. Au Portugal, les électeurs seront appelés aux urnes en septembre ou en octobre, mais les partis extrémistes ou eurosceptiques n’ont aujourd’hui pas de poids dans le pays. Ce n’est plus le cas en Espagne: la montée en puissance de Podemos, créé en janvier 2014 et déjà en tête de certains sondages, est spectaculaire. Le parti, issu de la mouvance des «indignés», propose notamment de faire voter par référendum un moratoire sur la dette. Les élections générales espagnoles se tiendront le 20 décembre, dernier rendez-vous d’une année très politique.
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