Le «grand pôle financier public» prendra forme en 2020, avec la Sfil

le 19/07/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En exclusivité pour L’Agefi, Sophie Errante détaille les objectifs de la Caisse des dépôts, dont elle préside la Commission de surveillance, comme actionnaire majoritaire de La Poste.

Sophie Errante, présidente de la Commission de surveillance de la CDC.
Sophie Errante, présidente de la Commission de surveillance de la CDC.
(DR.)

La Caisse des dépôts détenant 66% du capital de La Poste, le «grand pôle financier public» verra le jour avec CNP Assurances, la Banque des Territoires de la CDC et Bpifrance, mais aussi la Sfil dont le dossier sera ouvert en octobre.

L'Agefi : La Commission de surveillance a approuvé le rapprochement entre la Caisse des Dépôts (CDC) et La Poste deux semaines après la présentation à Bercy du grand pôle financier public. Pourquoi avoir attendu le 17 juillet ?

Sophie Errante : Ce rapprochement, c’est un an de travail depuis l’annonce du projet et plus de six mois d’analyse et d’auditions intensives pour que la Commission de surveillance délibère. Nous aurions pu approuver le schéma final à la suite de la dénonciation du pacte d’actionnaires Sopassure, le 30 juin, qui lie BPCE et La Banque Postale au sein de CNP Assurances. Mais nous avons préféré nous assurer qu’il n’y aurait pas de recours dans les dix jours suivant la dérogation à l’obligation de lancer une offre publique d’achat sur le solde du capital de CNP, accordée par l’Autorité des marchés financiers le 25 juin. Notre avis favorable a aussi été émis après que le conseil d’administration de CNP s'est exprimé et que ses accords avec BPCE ont été confortés jusqu’en 2030. C’est un vrai partenariat, la construction d’un consortium public ; ni un projet d’Etat bien que celui-ci y soit favorable, ni un simple sauvetage de La Poste. Ce projet ne pouvait pas voir le jour sans la CDC et toutes les parties prenantes. Sa mise en œuvre et la transformation qui l’accompagne débuteront au 1er trimestre 2020.

L'Agefi : La CDC paye La Poste plus que sa valorisation dans ses comptes, à 6,2 milliards d’euros. Comment va se traduire cette soulte ?

Sophie Errante : Ce n’est pas une soulte ! La Poste est valorisée 7 milliards d’euros. La CDC en détiendra 66% aux côtés de l’Etat après apport de sa participation dans CNP Assurances et un achat complémentaire de titres La Poste à l’Etat (8% du montant du capital). Il s’agit d’un projet industriel pour lequel nous tenions à un contrôle exclusif par la CDC. Même si le PDG de La Poste est nommé par le président de la République, la Commission de surveillance saura être attentive à la bonne réalisation des engagements pris par la nouvelle filiale de la Caisse des Dépôts. Elle va créer en son sein un comité ad hoc en septembre, qui se réunira régulièrement dans le but de protéger les intérêts patrimoniaux de la Caisse sur le long terme.

L'Agefi : Comment parvient-on à 1.000 milliards de total de bilan ?

Sophie Errante : En intégrant la Sfil au nouveau groupe CDC-La Poste, déjà considérable. Nous étudierons ce volet à l’automne, avec le même objectif de conserver à chacun son identité et son modèle. La Sfil craignait d’être démembrée. Il faut valoriser son rôle et sécuriser l’avenir puisqu’il reste 2 milliards d’euros de risques à traiter. Néanmoins, la plupart des titres toxiques récupérés en 2013 ont été apurés par la direction actuelle.

L'Agefi : Comment concevez-vous les 500 nouvelles Maisons de services publics ?

Sophie Errante : Un audit est en cours pour les 1.800 Maisons existantes. Nous voulons déployer des solutions pour répondre aux besoins des citoyens. Sous la marque France Services, ce dispositif pourra être soit itinérant (avec des bus), soit dans les mairies, soit dans les bureaux de Poste. Nous y consacrerons un budget de 30 millions d’euros avec la Caisse des Dépôts. C’est un véritable projet de transformation avec des questions sur le partage de la donnée et la formation des agents publics qui devront être assermentés, comme le sont les 74.000 facteurs aujourd’hui. En tant qu’élue, ce sujet me tient à cœur. A l’heure des changements de modes de vie, du vieillissement de la population et des fractures sur les territoires, avec les craintes persistantes depuis la crise de 2008, le pôle financier public peut rassurer les Français.

L'Agefi : La compensation de la charge du service public versé par l’Etat à La Poste sera-t-elle maintenue ?

Sophie Errante : L’Etat ne doit pas se désengager. En 2018, les montants se sont élevés à 96 millions d’euros pour la distribution de la presse, 280 millions pour l’accessibilité bancaire et 174 millions pour l’aménagement du territoire. Les coûts ne sont jamais compensés à l’euro près, puisqu’il ne s’agit pas d’une aide d’Etat au sens retenu par la Commission européenne, mais le principe de la compensation est essentiel alors que la présence des services publics sur le territoire est une des promesses de notre République.

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