Picard est rattrapé par la patrouille des gérants obligataires

La chaîne de surgelés a renoncé à son refinancement opportuniste de 1,7 milliard d’euros, faute d’obtenir le prix souhaité.
Alexandre Garabedian

Malgré l’effervescence du marché de la dette, les investisseurs obligataires ne sont pas encore prêts à tout acheter à n’importe quel prix. La chaîne de surgelés Picard a renoncé le 23 avril à son projet controversé de refinancement obligataire. Le groupe, contrôlé par le fonds Lion Capital, majoritaire, et par la famille Zouari (46,7%), se proposait d'émettre 1,7 milliard d’euros d’obligations à taux fixe et variable, sur des durées de 7 ans et 8 ans.

Le produit de l’emprunt devait lui permettre de refinancer à bon compte ses obligations existantes de maturité 2023 et 2024, et de verser un dividende de 276 millions d’euros à ses actionnaires. L’enseigne de surgelés pouvait espérer payer de l’ordre de 3%-3,5% pour son emprunt senior secured, et autour de 5% pour sa dette non sécurisée. Un coupon bon marché pour une entreprise notée en catégorie spéculative. Le calendrier était optimal : en raison des confinements et de la fermeture des restaurants, Picard a réalisé une année 2020 exceptionnelle.

Mais selon plusieurs sources, Picard n’aurait pas obtenu les conditions de prix qu’il souhaitait. Le financement d’un dividende par la dette (dividend recap) faisait grincer les dents de nombreux gérants obligataires, malgré la qualité de l’emprunteur. L’entreprise faisait nettement primer l’intérêt des actionnaires sur celui des créanciers. Entrée au capital en janvier 2020, la famille Zouari aurait par exemple pu récupérer les trois quarts de sa mise.

«Si cette méthode avait déjà été utilisée par le passé par l’entreprise Picard, nous pensions que l’évolution récente de l’actionnariat vers un actionnaire plus familial, industriel et long terme pourrait l’éviter, notait Matthieu Bailly, gérant chez Octo AM, avant l’annonce de l’annulation. C’était oublier que le fonds Lion Capital est bien resté majoritaire et que c’est donc encore lui qui est à la manœuvre.» Selon les informations de L’Agefi, la famille Zaouri se serait d’ailleurs montrée plutôt réservée sur l’opportunité d’un refinancement avec un dividende d’un tel montant.

Pour ajouter à l’irritation des investisseurs, Picard vendait une dette «durable», dont le coupon devait se renchérir si l’entreprise ratait ses objectifs de réduction d’émissions de CO2. Des objectifs jugés peu ambitieux et très marketing, comme l’avait fait H&M en février. «Une véritable prouesse que de pouvoir vendre une contrainte législative comme un effort volontariste !», ironisait Matthieu Bailly.

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