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La souveraineté des paiements se construira par les actes
Visa, MasterCard, PayPal et Alipay sont toutes contrôlées par des entreprises américaines ou chinoises. Nous devons veiller à ce qu’il existe une offre européenne. Ces mots de Christine Lagarde résument un enjeu que plus personne ne conteste : la souveraineté européenne dans les paiements n’est plus un atout, c’est une nécessité. Et pourtant, près de dix ans après la directive DSP2, les moyens ne sont toujours pas à la hauteur de l’ambition.
Les déclarations se multiplient, les rapports s’accumulent, les textes évoluent. Mais dans la réalité du terrain, les paiements européens restent largement dépendants d’infrastructures et de standards définis hors d’Europe. Si l’on veut réellement inverser la tendance, il faut passer d’un discours incantatoire à une stratégie industrielle claire, fondée sur l’usage, la concurrence pour parvenir à la création d’un marché européen des paiements.
Tout miser sur un seul acteur européen n’est pas la solution
Parier sur un acteur unique, centralisé, comme solution à notre déficit de souveraineté serait une erreur stratégique majeure. D’abord parce qu’un tel choix expose l’Europe à une dépendance nouvelle, certes «interne», mais tout aussi verrouillée. Ensuite, parce qu’il ne fait pas l’unanimité : les intérêts politiques, industriels et bancaires divergent selon les pays, et rien ne garantit l’adhésion collective à un projet unique. Miser tout sur une initiative qui peine déjà à aligner ses parties prenantes, c’est prendre le risque d’un enlisement institutionnel — ou pire, d’un nouvel oligopole.
Encourager l’émergence de plusieurs solutions européennes, interopérables et concurrentes, c’est faire un choix de résilience, de dynamisme économique et de service aux utilisateurs. Un marché structuré autour d’un écosystème diversifié maximise les chances de succès : il stimule l’innovation, offre des marges de manœuvre aux marchands et génère une saine émulation entre acteurs. C’est aussi la meilleure manière d’adresser la variété des cas d’usage : pour les entreprises, les consommateurs, que ce soit en ligne ou dans les points de vente physiques, qui ne peuvent être couverts par une solution unique.
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Créer un marché, pas un logo
Aujourd’hui, des dizaines de solutions locales pleinement opérationnelles existent déjà sur le continent et font leurs preuves depuis cinq ans. Leur réussite repose souvent sur une compréhension fine des cas d’usage et des besoins métier, afin de les intégrer dans un produit complet – et non de se limiter à une simple agrégation d’API et de normes bancaires.
Mais ces acteurs peinent à atteindre la taille critique. Les marchés publics demeurent inaccessibles, dominés par les grands prestataires historiques. Les incitations économiques à la souveraineté des paiements sont inexistantes, notamment pour les banques, qui trouvent plus rentable de promouvoir des schémas internationaux. Quant aux consommateurs, souvent réticents au changement, ils préfèrent continuer d’utiliser les solutions historiques, même si celles-ci ne sont pas européennes.
La souveraineté ne viendra pas d’un règlement, mais d’une politique industrielle
Les textes réglementaires ne suffiront pas à structurer un marché des paiements européen. Ce dont l’écosystème a besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’une régulation supplémentaire, mais d’une stratégie industrielle claire. Une stratégie qui favorise l’émergence d’alternatives européennes crédibles, soutienne leur adoption par les marchands et les consommateurs, et qui crée un environnement économique où ces solutions peuvent croître à l’échelle du continent.
La clé n’est pas dans les subventions. Elle est dans la commande publique, dans l’orientation des choix d’achat des grandes institutions, et dans la mise en place d’incitations concrètes à payer européen. Tant que les solutions européennes ne seront pas traitées à parité avec les standards internationaux dans les appels d’offres, tant qu’aucune politique ne favorisera activement leur usage, les discours sur la souveraineté resteront sans effet.
Cas d’usages
Wero est un signal. Il montre que les lignes bougent. Mais pour transformer l’essai, l’Europe doit sortir de la logique de vitrine pour entrer dans une logique d’écosystème. Si elle veut construire sa souveraineté, elle doit favoriser les actions aux textes. Elle doit faire confiance à ses entrepreneurs pour construire un véritable marché européen des paiements. Et surtout, elle doit utiliser son pouvoir d’achat pour changer la donne.
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