Une cession de la branche plâtre de Lafarge s’annonce complexe à mettre en œuvre
Bruno Lafont n’a pas dit non. Prié de dire si Lafarge envisage de céder cette année sa division plâtre, objet de rumeurs, le PDG du deuxième cimentier mondial a laissé la voie ouverte à toutes les interprétations. «Nous ne pouvons pas faire de commentaire sur les cessions en cours ou possibles, nous ne communiquons que lorsque la transaction est signée», a indiqué le dirigeant. De sources de marché, le groupe n’aurait pour l’instant pas mandaté de banque conseil sur ce dossier.
Lafarge prévoit de réaliser 750 millions d’euros de cession d’actifs en 2011 pour réduire une dette nette qui flirte avec les 14 milliards. Mais la vente de la branche plâtre, qui le classe au troisème rang mondial du secteur, pourrait lui permettre de dégager jusqu’à un milliard d’euros, selon les estimations des analystes. En 2010, la division a réalisé 1,44 milliard d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 6%, pour un Ebitda de 143 millions et un résultat opérationnel courant de 58 millions.
Le dossier est notamment dans le viseur de fonds d’investissement. Mais il est complexe. En Asie, son marché le plus dynamique, le groupe français est associé à 50/50 dans une société commune avec l’australien Boral. Ce dernier dispose de droits de préemption sur les participations de son partenaire en cas de changement de contrôle de Lafarge. «Cette structure complique l’arrivée d’un acquéreur tel qu’un fonds alors que l’Asie est l’activité la plus intéressante de la branche plâtre», note le patron d’un gros fonds d’investissement à Paris.
Restent l’Europe de l’Ouest et les Etats-Unis. La première a dégagé 58 millions de résultat opérationnel courant l’an dernier (+21%), mais a vu ses revenus régresser de 1%. Dans un contexte d’austérité budgétaire et de crise de certains marchés immobiliers, ses perspectives de croissance demeurent modérées. Sans compter la menace récurrente que représentent les autorités européennes de la concurrence: Bruxelles avait infligé au groupe une lourde amende en 2009. La concentration du marché exclut d’ailleurs a priori l’hypothèse d’un rachat par un industriel.
Le pôle américain de l’activité plâtre, lui, a accusé une perte de 46 millions en 2010. «C’est un marché structurellement très compétitif, où le résultat d’exploitation de l’activité peut facilement plonger dans le rouge tous les trois ou quatre ans», note le même observateur. De quoi compliquer encore un peu plus l’analyse.
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