Patrick Drahi va devoir rapidement mettre fin à l’hémorragie financière de SFR
Après avoir lutté à couteaux tirés avec Bouygues pour arracher SFR, une bataille bien plus compliquée attend Patrick Drahi et ses équipes: stopper l’hémorragie commerciale et financière de l’opérateur de télécoms. Bloqué entre l’offensive de la dernière chance de Bouygues Telecom et la puissance d’Orange, le numéro deux français de la téléphonie mobile ne cesse de perdre des clients.
Selon les chiffres communiqués par Vivendi, son premier actionnaire pour quelques mois encore, le chiffre d’affaires de SFR a baissé de 3,2% au troisième trimestre en données comparables. L’Ebitda, hors éléments exceptionnels, a plié de 8%. A fin septembre, la marge opérationnelle est tombée à 26,7% contre 28,9% un an auparavant. En deux ans, SFR a perdu un milliard d’euros d’Ebitda, soit un plongeon de 27%.
Conséquence, SFR est contraint d’économiser à la fois sur ses investissements de réseaux et commerciaux pour contenir la chute de l’Ebitda. Depuis le début de l’année, l’opérateur a investi 909 millions d’euros, 100 millions de moins qu’en 2013. Une austérité dangereuse au moment où les abonnés réclament de plus en plus de débit et qui contribue à l’érosion de la base d’abonnés. Dans le mobile, SFR a perdu 66.000 clients en un an, à 11,3 millions, alors que dans le même temps Orange en a gagné 606.000. SFR comptait 16,4 millions d’abonnés il y a deux ans.
«Grâce à leur capacité d’investissement, les opérateurs historiques commencent à bénéficier d’une discrimination positive via la qualité de leurs réseaux. Le phénomène se voit déjà en Allemagne, en Belgique ou en Suisse, où les opérateurs profitent d’une situation oligopolistique pour monétiser le très haut débit, fixe ou mobile», explique Pierre-Antoine Machelon, managing director d’Eiffel Investment Group, un fonds créé par les anciens dirigeants de Neuf Cegetel, Jacques Veyrat et Fabrice Dumonteil.
Patrick Drahi a bien compris le danger. Hier, les dirigeants de Numericable ont promis de relancer les investissements de SFR dans le mobile. Une érosion prolongée de la base d’abonnés compromettrait le montage financier du rachat de l’opérateur, dont SFR est la pierre angulaire. Après son intégration, l’opérateur assurera à lui seul 80% de l’Ebitda de Numericable.
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