L’Eurogroupe dos au mur
Les ministres des Finances de la zone euro se retrouveront cet après-midi pour une vidéoconférence cruciale. Après des semaines de tergiversations, ils n’ont d’autre choix que de s’accorder sur une réponse commune à la crise du coronavirus.
Jusqu’ici, l’Eurogroupe s’est en effet principalement illustré en levant les barrières budgétaires et celles relatives aux aides d’Etat pour permettre à chacun de ses membres de faire face. Les décisions prises au niveau national ont ainsi atteint un niveau sans précédent - 3% du PIB de la zone euro pour les mesures fiscales et près de 18% en liquidités - complétées par le lancement par la BCE d’un programme d’achat de titres souverains à un niveau inédit.
Les ministres des Finances ont donc permis des actions fortes mais individuelles des Etats membres. Minée par les divisions, l’Eurozone a toutefois failli pour l’instant à trouver une réponse solidaire et robuste à l’épidémie. Critiqués de toutes parts, ses ministres ne peuvent plus reculer.
Trois propositions émergent
Parmi les nombreuses propositions formulées ces derniers jours par les Etats membres et les institutions européennes, trois possibilités d’actions à court terme se dégagent, reposant sur l’action de la Banque européenne d’investissement (BEI), de la Commission européenne (CE) et du Mécanisme européen de stabilité (MES).
Ces mesures devraient être recommandées aujourd’hui par les ministres aux chefs d’Etat et de gouvernement, qui se réuniront virtuellement dans les prochains jours. Tout l’enjeu réside dans le degré de consensus sur l’architecture précise des futurs instruments auquel parviendront les argentiers de la zone euro .
Les ministres devraient ainsi marquer un accord de principe sur la proposition de la Banque européenne d’investissement (BEI) de porter à 240 milliards d’euros sa capacité de financement des PME européennes en se fondant sur un fonds de garantie paneuropéen de 25 milliards d’euros, qui serait soutenu par des contre-garanties des États membres. «Des détails restent à régler à ce sujet», a néanmoins prévenu le Président de l’Eurogroupe Mário Centeno. Cette initiative semble toutefois la moins controversée, selon différentes sources.
Méfiance autour de SURE
Les dissensions devraient être plus vives autour du nouvel instrument proposé par la CE la semaine dernière. Baptisé «SURE», il vise à lutter contre les conséquences de la crise sanitaire sur l’emploi. Concrètement, la CE entend emprunter jusqu’à 100 milliards d’euros pour refinancer les aides nationales au chômage partiel, en se fondant là aussi sur des garanties nationales de 25 milliards d’euros.
Largement soutenue par les Etats membres, cette initiative sera toutefois scrutée avec méfiance au Nord de l’Europe. «Nous veillerons à ce que ce système soit réellement temporaire», prévient un diplomate de ce bloc qui s’interroge par ailleurs sur la nécessité d’intégrer des garanties issues du budget européen. En tant qu’initiative législative concernant les Vingt-Sept, la proposition de la CE sera de toutes façons examinée par les Etats membres et le Parlement européen (PE) avant d’entrer en vigueur.
Enfin, le recours au MES sera le sujet le plus brûlant sur la table virtuelle des négociations. Fonds de sauvetage permanent de la zone euro, le MES est doté de de 410 milliards d’euros disponibles, soit 3,4% du PIB européen prêts à l’emploi. Les ministres sont certes d’accord pour ouvrir à la demande des lignes de crédit à conditions renforcées (ECCL) prévues dans le MES pour les Etats en difficulté budgétaire, pour un financement limité à 2% du PIB de la zone euro, soit 240 milliards d’euros.
Conditionnalité contestée
Un flou existe toutefois autour de ce plafond, les pays du Nord souhaitant qu’il soit fixé à 2% du PIB de chaque Etat membre - ce qui limiterait la puissance de feu du MES pour les Etats les plus en difficulté. D’autres, comme la France, souhaitent au contraire qu’il soit fixé à 2% du PIB de la zone euro pour permettre une réelle solidarité.
L’autre point chaud sera la conditionnalité attachée à l’octroi des prêts. Les ministres sont d’accord pour mettre en place des conditions allégées en utilisant la flexibilité du traité MES. «Nous n’avons pas besoin d’une troika, d’inspecteurs et d’un programme de réforme pour chaque pays, mais d’un soutien rapide et ciblé», a par exemple lancé l’Allemand Olaf Scholz dans une tribune parue dans plusieurs journaux européens.
Le diable se cachera toutefois dans les détails... Les Pays-Bas, par exemple, préconisent une approche en deux temps : octroyer des prêts sans condition, puis imposer des réformes structurelles une fois la crise passée. Quant à l’Italie, elle pourrait refuser toute exploration de la mise en oeuvre du MES sans mention de la mutualisation des dettes dans la déclaration commune des Dix-Neuf.
Plan de relance
Or, cette dernière idée fait toujours autant grincer des dents au Nord du continent. Les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et la Finlande y sont fermement opposés, malgré les supplications venues du reste de la zone euro.
Si les Etats membres sont d’accord sur le principe d’un plan de relance, ils se déchirent toujours sur les moyens qui doivent être mis sur pied. Par la voix de Bruno Le Maire, la France a proposé hier une alternative à la mutualisation de la dette, consistant en la mise sur pied d’un fonds ad hoc abondé par les Etats membres qui seraient solidaires dans l’émission et le remboursement d’obligations dont les liquidités seraient attribuées aux Etats les plus affectés. L’Allemagne préconise quant à elle une action de la BEI, quand la CE demande un budget européen robuste pour faire face à l’après-crise.
La réponse de long terme fera aujourd’hui l’objet de discussions des ministres des Finances, mais sera tranchée par les dirigeants des Etats membres.
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