L’Etat actionnaire change une nouvelle fois de patron
La greffe n’aura même pas duré un an. Nommé commissaire de l’Agence des participations de l’Etat (APE) le 1er septembre dernier, Régis Turrini doit déjà rendre son tablier. L’ex-directeur des fusions et acquisitions de Vivendi est remplacé par Martin Vial, ancien patron de La Poste et jusqu’en mai dernier directeur général d’Europ Assistance. Proposée par les ministres de l’Economie et des Finances Emmanuel Macron et Michel Sapin, cette nomination doit encore être entérinée en conseil des ministres. La Correspondance Economique avait révélé l’information vendredi.
«Le péché originel de Régis Turrini est d’avoir été nommé par Arnaud Montebourg et non par son actuel ministre de tutelle, Emmanuel Macron», ironise un banquier d’affaires. Autre handicap: à la différence de son prédécesseur David Azéma, ex-numéro deux de la SNCF, l’énarque promotion 1989 s’était très vite dirigé vers le privé et manquait de relais dans l’administration. Les difficiles négociations autour du sauvetage d’Areva par EDF ces dernières semaines, où Emmanuel Macron est en première ligne, auraient encore fragilisé la position du patron de l’APE. De ce point de vue, le profil de Martin Vial, 61 ans, marqué à gauche, offrirait plus de garanties.
Lors de son court passage à l’APE, Régis Turrini a commencé à mettre en musique l’ordonnance du 23 août 2014 concoctée par David Azéma. Le texte modernise le rôle de l’Etat actionnaire en simplifiant les règles de gouvernance des conseils des entreprises publiques et en donnant plus de latitude à l’Agence pour mener des opérations financières. Une liberté dont Régis Turrini ne s’est pas privé lorsque l’Etat est monté au capital de Renault cette année pour défendre ses droits de vote doubles, avec des techniques financières dignes d’un hedge fund.
L’APE gérait un portefeuille de 77 entreprises et 110 milliards d’euros à fin avril. L’affaire vient rappeler à quel point le patron de l’Agence, prise en tenaille entre des logiques financières et industrielles, est exposé. David Azéma n’y était lui-même resté que deux ans, avant de partir diriger le bureau français de Bank of America. En y ajoutant le rappel à l’Elysée en 2014 de Jean-Pierre Jouyet, resté deux ans seulement à la tête de la Caisse des dépôts au lieu des cinq ans habituels, les bras armés de l’Etat ont bien du mal à stabiliser leur gouvernance sous la présidence Hollande.
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