Les valorisations de Blue Solutions font le grand écart
Vincent Bolloré avait reconnu n’avoir strictement aucune idée de la valeur de Blue Solutions, la filiale de son groupe spécialisée dans les batteries électriques appelée à entrer en Bourse fin octobre. Les analystes des quatre banques chargées de diriger l’introduction ont eu, eux aussi, visiblement beaucoup de mal à trouver le juste prix, selon les notes consultées par L’Agefi.
Face aux nombreuses incertitudes entourant le modèle économique de la société, l’analyste de Deutsche Bank a même renoncé à fournir une fourchette de prix. Ses confrères font le grand écart. Kepler Cheuvreux va de 330 à 530 millions d’euros, HSBC de 400 à 600 millions et Exane BNP Paribas de 200 à 800 millions, avec un prix de base à 400 millions.
Il est «difficile de valoriser Blue Solutions», reconnaissent les analystes de HSBC, car le profil futur de la société dépend de nombreux paramètres : taux de croissance à long terme, prix des batteries et donc niveau d’Ebitda, montée en puissance des nouveaux marchés liés au stockage de l’énergie, incertitudes technologiques… Surtout, comme le souligne Deutsche Bank, les batteries produites par Blue Solutions ne sont pour l’instant vendues qu’à Blue Car, une autre filiale du groupe Bolloré.
Ce contrat de fourniture intergroupe assure de la visibilité à court terme pour Blue Solutions et devrait lui permettre d’atteindre, comme annoncé, l’équilibre d’Ebitda dans le courant du second semestre 2014. Les bénéfices de Blue Solutions sont en quelque sorte financés par les pertes des sociétés développant les applications dérivées des batteries (Blue Applications). Surtout, selon Deutsche Bank, le prix fixé à 38.000 euros par batterie jusqu’au 1er janvier 2018 est 2 à 4 fois supérieur à celui des batteries de même puissance utilisant la technologie concurrente du lithium ion.
Dans ce contexte, et tant que le groupe n’aura pas vendu ses batteries à un autre client, les prévisions à long terme de Blue Solutions, notamment le chiffre de 1,5 milliard d’euros de revenus en 2022, paraissent trop hasardeuses voire, selon Deutsche Bank, ressemblent plus à une «aspiration approximative qu'à un objectif financier».
Enfin, les analystes reconnaissent leur difficulté à valoriser les options dont dispose Blue Solutions sur les cinq sociétés développant des applications dérivées de ses batteries. Or, le prix à payer par la société est forcément crucial pour déterminer le profil de la société dans le futur.
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