Les sociétés américaines souffrent du dollar fort
La roue tourne. Longtemps avantagées par la faiblesse du dollar par rapport à l’euro, les sociétés américaines sont aujourd’hui fortement pénalisées par le billet vert, qui s’est apprécié de près de 20% depuis un plancher atteint en mai dernier. L’exercice 2014 a été décevant pour la plupart d’entre elles. Peu de secteurs sont épargnés. Ainsi, Microsoft et Apple dans l’informatique, Rockwell Automation et United Technologies (la maison-mère du fabricant de moteurs Pratt & Whitney) dans l’industrie, Colgate et Procter & Gamble dans les biens de consommation, Royal Caribbean dans le tourisme, ou encore Pfizer dans la pharmacie ont chacun évoqué l’effet du dollar pour expliquer – à des degrés divers – leur contre-performance.
Si le dollar s’est apprécié progressivement, le marché – voire les industriels eux-mêmes – semble avoir été pris au dépourvu, si l’on en juge par les corrections sévères qu’ont enregistrées les titres de ces entreprises.
«Nous n’avons jamais subi un effet de change aussi important sur un exercice entier», a indiqué Jon Moeller, le directeur financier de Procter & Gamble, à l’occasion de son profit warning la semaine dernière. Le chiffre d’affaires (dont les deux tiers sont réalisés à l’étranger) du numéro un mondial des produits d’entretien devrait reculer de 3 à 4% pour l’exercice 2014-2015: l’effet change devrait amputer les revenus de 5%. Son bénéfice net devrait reculer de 12%. Rockwell, qui réalise la moitié de ses ventes en dehors des Etats-Unis, a également révisé ses prévisions pour 2015.
Quelles seront les conséquences à long terme? «Il ne faut pas confondre l’effet du dollar sur l’économie américaine avec son effet sur les bénéfices des sociétés américaines [...] Etant donné qu’elles semblent considérer que ‘ce qui se gagne à l’étranger, reste à l’étranger’, la hausse du dollar a un effet limité sur la profitabilité des activités», nuance Steven Englander, stratégiste sur les changes chez Citi. En revanche, il souligne qu’une forte compression des bénéfices des exportateurs peut être un signe inquiétant et qu’une chute durable des exportations américaines le serait plus encore.
Certaines sociétés ont déjà réduit leurs investissements. Le niveau des commandes de biens d’équipement hors défense et avions – considéré comme un indicateur des investissements futurs des entreprises – a reculé de 0,6% en décembre, après une baisse similaire en novembre, a indiqué la semaine dernière le département du Commerce.
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