Les poids-lourds de la cote ont décidé d'épargner
Les sociétés du SBF 120 auront été particulièrement prudentes en 2012, relève l’étude d’Havas Worldwide Paris, intitulée «Le partage de la valeur des entreprises du SBF 120 en 2013». L’analyse des résultats publiés par ces entreprises françaises au cours des neuf premiers mois de l’année fait apparaitre que 20% des cash flows générés en 2012 ont été laissés en liquidités, contre 3% en 2011, soit un bond de 200%. A l’inverse, les montants alloués aux actionnaires (22% des flux), au désendettement (7%) et à la croissance externe ont été réduits respectivement de 11%, 25% et 34%. Cependant, la masse salariale et les investissements productifs ont augmenté de 2-3%.
Mais des différences importantes se font jour selon la taille de ces sociétés cotées. Et tout d’abord en termes d’évolution de la génération de cash flows elle-même : si ceux du CAC 40 devrait avoir progressé de 3% (contre 8% en 2011) à 206 milliards d’euros (au plus haut depuis 2006), ceux du Next 80 (les valeurs qui suivent celles du Cac 40 dans le SBF 120) auront reculé de 2% (après -1% en 2011) à 53 milliards (au plus bas depuis 2006). A l’inverse, la masse salariale a augmenté de 5% dans les entreprises du Next 80 et de seulement 1% dans celles du CAC 40.
Une exception française
C’est ainsi qu’Havas Paris qualifie d’«exception française» l’attitude des entreprises françaises en matière de mise en réserve de leur cash : les auteurs de l’étude observent que si «les sociétés allemandes laissent aussi en liquidités une part croissante de la richesse qu’elles créent, cette proportion n’atteint aujourd’hui que 8% du cash-flow des entreprises du Dax, contre 35% pour le CAC 40».Les sociétés américaines du S&P500 et les sociétés britanniques du FTSE sont d’ailleurs encore moins tournées vers l’épargne puisqu’elles «ne laissent pas de somme en liquidités : elles sont repassées en phase d’investissement de croissance externe, après une pause de 2009 à 2011».
Des disparités selon la taille des sociétés
En France une très grande différence de comportement apparait cependant entre les poids-lourds de la cote et les autres puisque les sociétés du Next 80 affichent une proportion du cash flow conservée en liquidité qui tombe à 5%. L’explication est simple: quand les plus grands groupes mobilisent moins de la moitié de leurs cash flows pour leurs investissements productifs (capex), celles du Next 80 y consacrent plus de 85%. En outre, les montants consacrés à la croissance externe chutent de 56% dans le CAC et d’un petit 11% dans le Next 80.
Enfin cette opposition se reflète aussi dans l’évolution de la rémunération des managers. En se fondant sur les chiffres de 2011, Havas relève que celle des dirigeants du CAC a progressé (+3%), tandis que celle des dirigeants du Next 80 a reculé de 17%. A l’inverse, les plus grands groupes cotés ont fait accepter à leurs actionnaires des réductions de dividendes (-12% en moyenne) tandis que les entreprises de plus petite taille, dont l’actionnariat compte bien souvent un actionnaire de référence, ont dû le maintenir.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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