Les acquisitions pour motifs fiscaux font leur retour
Thème-phare des fusions-acquisitions au cours du premier semestre 2014, les tax inversions ont peu fait parler d’elles depuis. Ces opérations permettent aux sociétés américaines de limiter fortement leurs impôts (voire d’échapper au fisc) en déplaçant leur siège dans le pays de la cible. Mercredi dernier, l’équipementier américain de télécommunications Arris Group a annoncé l’acquisition du fabricant britannique de décodeurs et de modems Pace, pour 2,1 milliards de dollars (1,97 milliard d’euros) en actions et numéraire.
Si l’opération permet notamment à Arris d’accéder aux fournisseurs d’accès par satellite, l’élément fiscal justifie également l’opération. En effet, Arris a précisé que l’intégration lui permettra de réduire son taux d’imposition de 36,8% en 2014 à 28%, voire 26%. Car l’opération prévoit la création d’une maison-mère au Royaume-Uni. En revanche, le siège opérationnel du nouvel ensemble sera maintenu à Suwanee, dans l’Etat de Géorgie, ville d’origine d’Arris.
Il s’agit seulement de la deuxième acquisition «inversée» en 2015. L’autre opération a eu lieu en février: l’américain Cyberonics avait acquis la société italienne Sorin. Si 48 sociétés américaines ont délocalisé leur siège social depuis 1982, le sujet est devenu polémique l’année dernière à la lumière de plusieurs transactions d’envergure et d’une prise de conscience des centaines de milliards de dollars de trésorerie logés dans les filiales étrangères de groupes américains emblématiques comme Apple, Microsoft, ou encore Pfizer.
Après avoir tapé du poing sur la table en juillet, le Trésor américain a adopté une série de mesures qui compliquent ce type de montages fiscaux. Les prêts des filiales étrangères des entreprises américains à l’acquéreur («hopscotch» loans) seront désormais assujettis à l’impôt. Autre mesure, les transferts de trésorerie d’une filiale vers une nouvelle société étrangère ont été interdits. Certains mécanismes (la règle «des 80%», les «spinversions»...), tout en restant autorisés, ont vu leurs avantages réduits.
«Nous n’anticipons aucun obstacle et nous demeurerons un contribuable important», a affirmé à ce sujet Bob Stanzione, le directeur général d’Arris. Il estime que l’opération est conforme aux nouvelles règles de l’acquisition inversée. Si celle-ci échouait, la société américaine devrait payer 20 millions de dollars de dédommagement à Pace. En cas de succès, les actionnaires du Britannique détiendront 24% de la nouvelle entité.
{"title":"","image":"82173»,"legend":"Fusions acquisitions. Illustration L’Agefi.»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
La Fed prépare une réunion monétaire incertaine
Entre les discours plus restrictifs de Kevin Warsh et les tensions en Iran, les marchés ont relevé à près de 40% la probabilité d’une hausse de taux ce mercredi à l’issue de la réunion du Comité de politique monétaire de la Fed. Une telle hausse surprise, non téléguidée par le président de la banque centrale, serait une première en dehors des périodes de crise. -
Les incendies en Gironde illustrent l’écart entre pertes réelles et pertes assurées
Si les risques pour les particuliers ont concentré l’attention, les effets des incendies sur le tissu économique et touristique risquent d’être aussi lourds que durables pour la région. Les pertes réelles devraient largement dépasser les pertes assurées. -
LVMH renoue avec la croissance dans la mode et la maroquinerie
Les ventes de la principale division du géant du luxe ont retrouvé le chemin de la croissance organique au deuxième trimestre.
ETF à la Une
Amundi met en place deux ETF sur les puces mémoire et les centres de données
- Tiré par sa banque d'investissement, BNP Paribas annonce des profits en forte hausse
- La BCE suit la boussole des marchés
- Les taux français à 10 ans passent la barre des 4%
- Olivier Gavalda succède à Daniel Baal à la Fédération bancaire française
- BNP Paribas tient les promesses faites aux investisseurs
Contenu de nos partenaires
-
Dans la courseA 100 jours des midterms américaines, la reconquête démocrate n'est pas gagnée
Porté par l’impopularité de Donald Trump et l’inquiétude autour du pouvoir d’achat, le Parti démocrate fait la course en tête dans les sondages. Mais entre désavantage financier, découpage électoral défavorable et divisions internes, la route vers la majorité au Congrès reste semée d’embûches -
Lance-flammesIncendies : pour Marine Tondelier, les « pyromanes » sont aussi au gouvernement
La leader des Ecologistes a appelé Emmanuel Macron à convoquer une réunion de crise en « format Saint-Denis », avec les chefs de parti et les présidents des groupes parlementaires -
PolycriseMégafeux : branle-bas de combat pour les entreprises
Face à la situation en Gironde, l’urgence économique s’installe, 13 000 entreprises étant coupées du monde et obligées de recourir au système D. L'Etat priorise l'énergie et la question des indemnisations