Le gel des péages va compliquer le refinancement des autoroutes d’Eiffage
Le secteur autoroutier français a perdu sa principale vertu: sa visibilité. Le gel des tarifs des péages annoncé par le Premier ministre mardi a plongé le secteur dans un épais brouillard réglementaire et politique. Pour preuve, les cours de Bourse de Vinci et d’Eiffage, les deux principaux groupes français de concessions autoroutières, ont chuté respectivement de 5,11% et 7,81% en deux jours, bien plus que la perte de valeur qu’implique le gel des tarifs pour 2015.
Les hausses de péages prévues au 1er février 2015 par ASF, Cofiroute et Escota, les trois filiales de Vinci, auraient dû rapporter, selon les analystes d’Oddo, 38 millions d’euros de chiffre d’affaires supplémentaires à Vinci et accroître de 0,7% son bénéfice par action. En deux jours, le premier concessionnaire autoroutier français a perdu plus de 1,6 milliard de capitalisation boursière. «Le marché a intégré hier un gel des tarifs en 2015, 2016 et 2017… soit jusqu’à la prochaine élection présidentielle», estiment les analystes de Natixis.
Même si les contentieux engagés par les sociétés de concessions autoroutières devraient permettre de rétablir l’exécution des contrats, le brouillard politique risque de compliquer le fonctionnement des concessionnaires. Sans aucune visibilité sur la trajectoire de ses tarifs, la Financière Eiffarie, la structure commune entre Eiffage et Macquarie, aura ainsi du mal à mener à bien son refinancement au premier semestre 2015 comme initialement espéré.
Eiffarie est actionnaire du réseau APRR. Elle porte à elle seule une dette de 2,5 milliards d’euros. Avec celle d’APRR, le montant atteint 8,3 milliards d’euros. Le crédit structuré de 2,7 milliards d’euros souscrit par Eiffarie en février 2012 avec une marge d’ouverture de 300 points de base sur l’Euribor et avec des clauses d’augmentation de 50 pb supplémentaires en février 2015 et en février 2016 a accru de quasiment 100 millions d’euros le coût de l’endettement de la structure.
Les analystes de Raymond James espéraient en décembre dernier que le refinancement d’Eiffarie permettrait de réduire de 50 points de base la marge actuellement payée, pour la ramener à 250 points de base. L’opération aurait fait gagner 1 euro par action à Eiffage. Ce gain potentiel est encore plus hypothétique aujourd’hui.
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