La Redoute défriche le mécanisme du FCPE de reprise
Le premier fonds commun de placement d’entreprise (FCPE) de reprise vient de voir le jour… plus de huit ans après que la loi du 30 décembre 2006 a rendu possible ce dispositif en France. Quelque 1.500 salariés de La Redoute et de Relais Colis ont repris début mai 16% du capital de New R via ce FCPE de reprise, la holding qui contrôle à 100% les deux enseignes de vente à distance. Le solde du capital est détenu par les deux dirigeants, Nathalie Balla et Eric Courteille, et par les principaux managers.
Sur le plan financier, l’opération reste modeste. Kering avait dû payer pour laisser à Nathalie Balla et Eric Courteille les rênes de La Redoute, en perte et contrainte de réinventer son modèle d’activité. Son intérêt tient au fait que pour la première fois, le FCPE de reprise a pu être utilisé. Non sans un patient travail de défrichage: alors que la cession de La Redoute et Relais Colis a été bouclée en juin 2014, le dépôt formel de demande d’agrément du fonds à l’AMF a été effectué en décembre, et la souscription des salariés a été ouverte entre mars et avril.
«Le dispositif était nouveau pour tout le monde: les salariés, la direction du travail, l’AMF et la société de gestion. Nous avons eu de nombreux échanges, ce qui a rendu le montage de l’opération plus long», précise Nicolas de Courtivron, avocat au cabinet McDermott Will & Emery, qui a conseillé l’entreprise. Le véhicule est géré par la société Equalis Capital. Les salariés ont bénéficié d’un abondement de l’employeur à hauteur de 200%. L’actif du FCPE de reprise est investi à un tiers en actions New R et à deux tiers en monétaire, une proportion appelée à évoluer avec la valeur des titres.
Si ce mécanisme a mis tant de temps à se concrétiser en France, c’est qu’il bute en pratique sur de nombreuses contraintes. Les fonds sont bloqués au moins cinq ans, et le déblocage anticipé est limité aux cas de décès, invalidité ou retraite du salarié. Le versement annuel est plafonné à 25% du salaire brut, ce qui limite la taille des opérations. «Nous savons désormais que le FCPE de reprise fonctionne. Il peut permettre d’associer les salariés à une opération de retournement aux côtés d’un investisseur, ou à la transmission d’une PME familiale», estime Nicolas de Courtivron.
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