La montée des incertitudes sur le profil boursier de Vodafone pèse sur sa valorisation

Le renoncement d’AT&T à formuler une offre sur l’opérateur britannique incitera ce dernier à reprendre des acquisitions, notamment en Espagne
Yves-Marc Le Réour

Après avoir bénéficié depuis plusieurs mois d’une prime de valorisation en tant que cible potentielle, Vodafone voit son statut boursier compromis par la décision d’AT&T de ne pas soumettre d’offre sur l’opérateur télécoms britannique. L’annonce du groupe américain, formulée hier à la demande de l’autorité britannique de la concurrence (Takeover Panel), lui interdit en effet désormais de prendre une participation supérieure à 30% dans Vodafone durant les six prochains mois.

L’action Vodafone a terminé sur un repli de 3,9% à 223,55 pence hier à Londres. Alors qu’il se négociait (ex-dividende) 5,6 fois l’excédent brut d’exploitation (EBE) du groupe, le titre «devrait baisser jusqu’à un nouveau support correspondant à environ 5 fois l’EBE», prévoient les analystes de BoA Merrill Lynch qui s’attendent à la publication début février de médiocres résultats trimestriels.

La déclaration d’AT&T «constitue un revers important pour les investisseurs qui espéraient une consolidation rapide des télécoms mobiles en Europe», juge Raiffeisen Capital Management. Selon d’autres analystes, cette décision ne remet pas en cause l’intérêt d’AT&T pour le marché européen, elle lui permet en fait de gagner du temps pour se faire une opinion plus précise sur les évolutions réglementaires du secteur et sur le profil financier de Vodafone, qui doit boucler le mois prochain la vente de sa part de 45% dans Verizon Wireless aux Etats-Unis.

Pour Oddo Securities, Vodafone «devrait reprendre des acquisitions en Europe» et retrouver un rôle de prédateur dans la région, notamment en Espagne où une pression exacerbée sur les prix met à mal la rentabilité des acteurs existants. Selon Bloomberg qui cite des sources proches du dossier, l’opérateur britannique chercherait à racheter le câblo-opérateur Ono qui prépare actuellement son introduction en Bourse et dont la clientèle est résidentielle à près de 80%.

Le bureau d’analyse FGA/MG Valores valorise le groupe espagnol 6,4 milliards d’euros dette incluse. Des négociations seraient en cours avec les actionnaires d’Ono, parmi lesquels on trouve les groupes de private equity américains Thomas Lee Partners, Providence Equity Partners et CCMP Capital. Les analystes d’Oddo jugent en outre toujours possible «une offre sur l’opérateur alternatif Jazztel» émanant de Vodafone.

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