La déflation menace le secteur français des télécoms

Relancée par SFR la semaine passée, la guerre des prix dans le mobile accentuera la baisse des revenus en 2013 et 2014. Elle risque de durer, même avec la 4G
Olivier Pinaud

Un an après l’attaque de Free dans la téléphonie mobile, la guerre fait toujours rage dans le secteur des télécoms français. Sur la défensive jusque-là, SFR a relancé les hostilités la semaine dernière en annonçant des baisses de tarifs allant jusqu’à 10 euros par mois sur certains abonnements.

Venant du numéro deux du secteur, dont la base d’abonnés de plus de 16 millions de personnes devrait normalement l’inciter à lisser au maximum dans le temps ses baisses de tarifs, la décision marque une nouvelle rupture dans le modèle économique du secteur. La filiale de Vivendi est prête à perdre de l’argent sur certains clients pour préserver ses positions et si possible reprendre des abonnés à ses concurrents.

Les dégâts provoqués par cette guerre des prix devraient ainsi se révéler plus lourds que prévu en 2013 et 2014. Selon CM-CIC, le revenu moyen généré par un abonné SFR baissera de 12% en 2013 et encore de 10% en 2014, après avoir été déjà entamé de 12% en 2012. Selon Natixis, l’entaille pourrait atteindre 15% en 2013, cinq points de plus que prévu auparavant. Conséquence, les analystes de Cheuvreux redoutent que le déclin attendu de 750 millions d’euros (-12%) de l’Ebitda en 2012 soit encore aggravé de 300 à 400 millions d’euros supplémentaires en 2013.

Dans l’esprit de SFR, les pertes théoriques d’Ebitda pourraient être compensées à la fois par les effets du plan d’économies lancé en 2012 mais aussi par la hausse des volumes. Une tactique risquée: une forte baisse de l’Ebitda «pourrait conduire à une vision plus négative des agences de notation» à l’encontre de Vivendi dont 42% de l’Ebitda vient encore de SFR, prévient Natixis.

Initialement, les trois opérateurs historiques français misaient sur le lancement de la 4G pour faire remonter leur grille tarifaire d’autant que Free Mobile ne pourra pas techniquement offrir le très haut débit mobile en même temps que ses concurrents. Mais en proposant des tarifs en 4G identiques à la 3G, SFR a brisé un tabou. «Si les prix des services mobiles ne font que baisser, pourquoi dans l’esprit du consommateur ne devraient-ils pas continuer de chuter en 2014 et 2015?», se demande Natixis.

Exane BNP Paribas estime également que sous le coup de la concurrence le bonus tarifaire que les opérateurs peuvent espérer au moment de la 4G ne tiendra pas longtemps. Le secteur risque donc de devoir s’acclimater durablement à la déflation.

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