Bouygues peut s’appuyer sur le rempart de ses actionnaires-salariés
Le risque concurrentiel et les doutes qu’il pouvait faire peser sur le financement de l’opération ont évidemment pesé lourd. Mais une part de la décision du conseil d’administration de Bouygues de repousser à l’unanimité les avances de Numericable-SFR revient à la structure de gouvernance du groupe de construction. Plus que dans toute autre entreprise du CAC 40, les salariés de Bouygues ont une réelle voix.
Ils sont ainsi les premiers actionnaires avec 23,31% du capital, devant SCDM (20,9%), la holding de Martin Bouygues et de son frère Olivier. En droits de vote, leur part monte même à 30,55%, devant les 27,3% de SCDM. Au total, 60.000 salariés sont actionnaires du groupe, soit environ la moitié de ses effectifs mondiaux. Et avec 4 administrateurs, dont 2 représentant directement les salariés actionnaires, les collaborateurs possèdent à eux seuls un peu moins d’un quart des votes du conseil d’administration qui comprend 17 membres.
Interrogé hier sur RTL, Martin Bouygues a reconnu le volet social de la décision du conseil d’administration qu’il préside. «Je considère qu’une entreprise n’est pas une marchandise comme une autre, tout n’est pas à vendre, et dans cette affaire nous avons maintenant recréé un projet d’entreprise pour Bouygues Telecom, avec beaucoup de sacrifices de la part des salariés», a expliqué le PDG.
Le développement de l’actionnariat salarié de Bouygues ne date pas d’hier. Le groupe a lancé son premier fonds commun de placement d’entreprise (FCPE) en 1968. Baptisé «Participation groupe Bouygues» celui-ci est investi en actions Bouygues achetées sur le marché et détenait 4,99% du capital et 6,58% des droits de vote fin 2014. Le FCPE «PEE groupe Bouygues», qui recueille l’épargne volontaire des collaborateurs et l’abondement versé par l’entreprise, contrôle pour sa part 11,51% du capital et 14,68% des droits de vote. Les augmentations de capital réalisées en 2009, 2010 et 2012 ont également créé 3 FCPE à effet de levier. Enfin, plus modeste, un dernier véhicule a été spécialement constitué pour les expatriés.
Cette structure de gouvernance s’était déjà montrée particulièrement efficace par le passé. En 1998, lors du raid de Vincent Bolloré, les salariés de Bouygues avaient fait bloc aux côtés de la SCDM et de madame Francis Bouygues. Leurs 6,5% au capital à l’époque (9,3% des droits de vote) avaient contribué à faire renoncer Vincent Bolloré.
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