Bouygues ne cédera pas sa filiale télécoms
Bouygues poursuivra seul sa route dans les télécoms. A l’issue d’une longue réunion de son conseil d’administration, il a annoncé hier soir qu’il ne donnerait pas suite à l’offre d’Altice, maison mère de Numericable-SFR, visant à racheter sa filiale Bouygues Telecom pour un montant estimé à plus de 10 milliards d’euros. Cette offre «représente un risque d’exécution important qu’il ne revient pas à Bouygues d’assumer, en particulier en matière de droit à la concurrence», a fait savoir le groupe dans un communiqué.
Il souligne qu’«aucune réponse pleinement satisfaisante n’est apportée par Altice sur ce sujet essentiel qui serait étudié en détail par l’Autorité de la concurrence». Un rapprochement entre Bouygues Telecoms et Numericable-SFR aurait à nouveau bouleversé le paysage des télécoms mobiles en France, en faisant passer la nouvelle entité au premier rang du secteur devant Orange.
En 2012, l’industrie avait été secouée par l’arrivée d’un quatrième opérateur mobile, Free, qui avait lancé une féroce guerre des prix et rebattu les cartes en termes de parts de marché, Bouygues Telecom ayant particulièrement souffert.
Le rejet de cette offre, décidé à l’unanimité des membres du conseil, tient également compte de la grande attention apportée par Bouygues «aux conséquences de la consolidation du marché sur l’emploi ainsi qu’aux risques sociaux nécessairement liés à une telle opération». Le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, qui a rencontré Patrick Drahi, président d’Altice, en fin d’après-midi, a d’ailleurs maintenu la pression sur les protagonistes en réaffirmant ses craintes pour l’emploi dans le secteur.
Outre les inquiétudes sur ce volet social et sur celui des investissements dans les réseaux à très haut débit, le gouvernement redoutait davantage encore qu’un mariage entre Bouygues Telecom et Numericable-SFR ne remette en cause la vente des fréquences 700 MHz, pour laquelle il doit lancer une procédure d’enchères cette année afin d’accélérer le déploiement de la 4G sur l’ensemble du territoire. Grâce à ces enchères, dont la procédure a été calibrée sur la base de quatre opérateurs, l’Etat compte récolter près de 2,5 milliards d’euros de recettes, déjà inscrites dans le projet de loi de Finances 2015 au titre des crédits pour la Défense.
Si les trois dernières années ont été difficiles, les dirigeants de Bouygues considèrent désormais que la filiale télécoms est «particulièrement bien placée» pour tirer parti d’une nouvelle période «portée par le développement exponentiel des usages numériques». L’opérateur «dispose d’un avantage concurrentiel fort et durable grâce à son portefeuille de fréquences et son réseau 4G reconnu comme l’un des meilleurs du marché. (...) Enfin, l’accélération de la transformation de l’entreprise conduit à une structure de coût de plus en plus compétitive», assure le groupe. Bouygues Telecoms compte ainsi retrouver à l’horizon 2017 une marge d’Ebitda de 25% au minimum, son niveau de 2011.
Alors que Patrick Drahi avait jusqu’ici enchaîné les succès, en rachetant notamment l’an dernier à Vivendi sa filiale SFR pour adosser celle-ci à Numericable, le camouflet qui vient de lui être infligé pourrait l’inciter à tourner de nouveau son regard vers l’étranger.
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