AMS ose finalement convoiter Osram
La vulnérabilité boursière d’Osram déclenche une surenchère. Après avoir semblé hésiter, AMS, le spécialiste autrichien des capteurs optiques, a annoncé dimanche soir avoir soumis une offre au fabricant allemand de produits d’éclairage, de puces et de capteurs, qui le valorise 4,3 milliards d’euros dette comprise.
Or, Osram est déjà en discussions avec les fonds Carlyle et Bain Capital, qui ont proposé 35 euros par action, soit un total de 3,9 milliards d’euros. Leur offre a été approuvée par le conseil d’administration de la cible début juillet ; elle est désormais irrévocable et les protagonistes ont signé une période moratoire pour poursuivre leurs négociations. Elle court jusqu’au 5 septembre.
AMS propose 38,50 euros en numéraire par action Osram, soit 10% de plus que Bain et Carlyle. Sa proposition est intégralement financée, grâce à un prêt-relais accordé par les banques UBS et HSBC. AMS prévoit de le refinancer par une augmentation de capital de 1,5 milliard d’euros et une émission de dette.
«La réunion d’AMS et Osram créerait un leader mondial dans les capteurs et la photonique, réalisant approximativement cinq milliards d’euros de revenus», argumente AMS dans son communiqué. Le groupe autrichien cherche à se diversifier dans les capteurs pour véhicules autonomes pour réduire sa dépendance à l’égard d’Apple, qui, selon les estimations des analystes, représente environ 40% de son chiffre d’affaires. Il veut faire passer sa part de revenus issus de l’automobile de 10% à 30-40% à terme.
En cas d’accord, AMS à l’intention de mettre en vente la division numérique d’Osram et d’abandonner progressivement les produits LED destinés au grand public. Il s’attend en outre à dépasser les 300 millions d’euros de synergies annuelles.
Avant d’accepter l’offre d’AMS, Osram devra donc lever le moratoire avec Bain et Carlyle. Le groupe autrichien a laissé à Osram jusqu’au 15 août pour le faire. Ce dernier a indiqué qu’il étudiait la proposition.
Les difficultés d’Osram peuvent rebuter
La chute de 60% de l’action Osram depuis son record de 79,58 euros en janvier 2018 a attiré l’intérêt de prétendants. Elle est liée à plusieurs avertissements sur résultats, à la chute du marché automobile, au ralentissement économique mondial et aux doutes quant à sa stratégie. L’ampleur des difficultés d’Osram rebutent toutefois. Bain et Carlyle ont ainsi mis sept mois avant de formuler leur proposition. AMS lui-même avait exprimé une offre non-contraignante en juin à 38,50 euros pour procéder à une due diligence, avant de faire publiquement machine arrière le 16 juillet, faute d’obtention de financement suffisant.
Son revirement d’hier peut donc surprendre. Il est probablement motivé par le rejet de l’offre des fonds par Allianz Global Investors, le premier actionnaire d’Osram qui détient 9,3% de son capital, et par un autre petit groupe d’actionnaires, au motif qu’elle le sous-évaluait.
La confirmation de l’intérêt d’AMS a fait bondir le cours d’Osram de +10,4% hier (à 34,9 euros), sans pour autant atteindre l’offre de l’Autrichien. Cela peut signifier que le marché ne croit guère à une surenchère de Bain et Carlyle ; une source précise à L’Agefi que leur offre a été minutieusement calibrée après une due diligence «étendue» et qu’il existe probablement «peu de marge de manœuvre pour une hausse de prix».
En outre, l’opération n’est pas sans risque pour AMS, dont le cours a chuté de 11,8% hier à la Bourse de Zurich (à 43,3 francs suisses). Outre la perspective d’une augmentation de capital, donc de dilution des actionnaires, les analystes s’inquiètent de la conséquence de l’acquisition sur la dette d’AMS, déjà élevée.
Plus d'articles du même thème
-
Rexel veut muscler son jeu aux USA avec le rachat de GCG pour 1,4 milliard de dollars
Le distributeur de matériel électrique Rexel renoue avec la croissance externe en s'offrant une plateforme spécialisée dans les infrastructures. -
Le dollar accompagne la hausse du pétrole
Le billet vert peut régulièrement se recorréler au cours du pétrole, cette fois-ci davantage en lien avec les pressions inflationnistes aux Etats-Unis que pour son rôle de valeur refuge. Mais cette "recorrélation" avec le cycle monétaire n’est par définition pas forcément durable. Surtout si les autres banques centrales remontent aussi leurs taux. -
Le collège de l'AMF requiert une lourde sanction contre Auris Gestion et ses deux dirigeants
L’organe de poursuite a sollicité une amende d'un million contre la société de gestion, assortie d’un avertissement, et de 500.000 en cumulés contre deux de ses dirigeants.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- Le patron de BoursoBank prend du galon chez la Société Générale
- La Société Générale fait de BoursoBank sa figure de proue
- Emporté par le digital, Wakam fait une sortie de route
- Le scénario de vente de Cetelem en Espagne se précise
Contenu de nos partenaires
-
Elle pourrait « causer un milliard de morts » : Bill Gates appelle à une forte régulation de l'IA dans les mois à venir
« Aucune arme ne s’est avérée aussi puissante que des outils d’IA avancés utilisés par des individus malintentionnés », a assuré Bill Gates, ancien patron de Microsoft, dans une interview à NBC News, qui doit paraître dimanche 27 septembre -
La Fabrique de l'OpinionPrésidentielle : « La modération est devenue inaudible »
Face à une succession de crises, la quête de protection des Français bouscule le jeu politique, poussant les partis traditionnels à imiter les extrêmes à l'approche du scrutin -
Crise des carburants : d'où vient le gazole que consomment les Français ?
Une éventuelle décision de Donald Trump de stopper les exportations américaines de pétrole raffiné fait craindre à la France, qui importe la moitié de son diesel, une flambée des prix qui pourrait atteindre 3,90 euros le litre