Un phare dans la tempête
La planète finance saura bientôt si un ouragan nommé Donald est en cours de formation à Washington. Contrairement à d’autres secteurs de l’administration où les emplois laissés vacants s’accumulent, les postes clés en matière de régulation financière sont diligemment pourvus par l’administration Trump. Or un acteur crucial, à l’influence sans équivalent sur la stabilité financière du monde, la Réserve fédérale, va connaître dans les prochains mois un renouvellement profond de sa direction. Compte tenu de la rotation programmée de membres du conseil de l’institution, de la démission inattendue de son vice-président Stanley Fischer et de l’expiration en février du mandat de sa présidente Janet Yellen, ce sont potentiellement cinq postes de membres du board qui pourraient changer de titulaires au cours de la première année du mandat de Donald Trump. Le cas est sans précédent.
C’est dire si le Président américain aura les moyens de reconfigurer la donne mondiale dans deux domaines essentiels : la politique monétaire et la régulation financière. Autant sa position sur le second sujet est bien connue, autant elle demeure floue sur le premier. Pendant sa campagne, le futur président a attaqué Madame Yellen sur sa politique monétaire jugée trop laxiste, sur un registre proche du credo monétaire conservateur traditionnel. Mais depuis, il s’est dit impressionné par la présidente de la Fed et semble avoir révisé son jugement sur l’opportunité de maintenir des taux bas. Par ailleurs, les noms des potentiels nouveaux gouverneurs les mieux en cours à la Maison-Blanche paraissent appartenir au courant monétaire républicain classique plutôt que laisser prévoir l’irruption d’iconoclastes complets au cœur de la première tour de contrôle de la finance mondiale.
En revanche, un changement plus radical en matière de régulation financière se confirme, lui, de jour en jour. Le Comité bancaire du Sénat vient de valider les candidatures de Randal Quarles au poste de vice-président de la Fed en charge de la supervision, et de Joseph Otting à celui de Contrôleur de la monnaie. Leur imminente validation par le Sénat signifie que deux postes d’architectes en chef de la régulation financière nationale seront bientôt tenus par des tenants de la ligne dérégulatrice présidentielle. Leur influence sera d’autant plus forte que le départ de Stanley Fischer affaiblit le camp des « régulateurs ». Le remplacement de Madame Yellen, sur la même ligne de ce dernier, par un partisan de la mise au rencart de la loi Dodd-Frank sonnerait le glas de l’engagement, déjà bien imparfait, des Etats-Unis dans le mouvement de régulation financière en cours depuis 10 ans. La personnalité qui occupera le poste, pour lequel Gary Cohn, le chef des conseillers économiques du Président, est loin d’avoir course gagnée, dira à ceux qui conçoivent ou appliquent la réglementation financière dans le monde l’intensité du coup de vent qu’ils doivent anticiper.
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