Les banques espèrent titriser le financement des matières premières
Vouée aux gémonies depuis le début de la crise financière en 2007, la titrisation apparaît comme une voie de recours pour les banquiers. BNP Paribas réfléchit ainsi à la titrisation de ses financements de matières premières, qui comprennent les lignes de crédit accordées aux gros courtiers comme Glencore ou Trafigura, installés en Suisse.
«Nous étudions en tant que banque différentes solutions dans ce domaine. Cela va devenir une nouvelle classe d’actifs», a indiqué mardi Jacques-Olivier Thomann, le responsable des financements structurés du groupe, cité par Bloomberg lors d’une conférence à Genève. L’objectif est de lancer ces produits dès cette année.
Acteurs de premier plan sur ce marché au niveau mondial, les banques françaises ont dû réduire la voilure après la crise de liquidité de l’été 2011, provoquée par un rationnement du financement en dollar. Mais elles font aussi face à un autre problème: l’inflation des prix des matières premières, qui accroît mécaniquement les volumes à financer. «Nos bilans ne peuvent s’accroître au même rythme que le prix des matières premières», a reconnu Jacques-Olivier Thomann.
Reste à faire le plus difficile: convaincre les investisseurs d’acheter ce type de papiers. La relance de la titrisation, maintes fois annoncée, bute sur la réduction de la base d’acquéreurs, certains ayant disparu (comme la plupart des CLO), d’autres ayant revu à la hausse leurs exigences de rendement / risque. Les banques placent aujourd’hui beaucoup d’espoir dans le fait qu’assureurs et fonds de pension à la recherche de rendement, prendront le relais.
A Genève, mardi, le directeur financier de Trafigura, Pierre Lorinet, mettait en avant le faible taux de défaut des courtiers en matières premières et donc des prêts qui les financent. «La prochaine étape est d’expliquer aux participants, autres que les banques, la valeur de cette classe d’actifs», explique le dirigeant. Pierre Lorinet s’est aussi prononcé contre l’implication des agences de notation – que BNP Paribas a consultées – dans ce processus. «Leur manière d’analyser ce type d’actifs rendra ces derniers trop onéreux», estime-t-il.
Pour des gros courtiers qui se financent aujourd’hui auprès des banques entre 100 et 200 points de base au-dessus du Libor, la compétitivité de cette nouvelle forme de titrisation est en effet un vrai sujet.
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