Le sort de la Bourse australienne ASX va se jouer sur le terrain politique

L’offre de rachat formulée par la Bourse de Singapour suscite des inquiétudes au sein de la classe politique australienne
Antoine Duroyon

Pour rafler son homologue ASX, la Bourse de Singapour (SGX) doit se préparer à une série d’obstacles réglementaires en Australie. Outre la recommandation du Conseil d’examen des investissements étrangers (FIRB), sous la supervision du gouvernement, l’offre devra décrocher le feu vert de l’autorité de régulation des marchés (ASIC). Alors que l’exécutif a précisé que la décision serait prise en fonction de «l’intérêt national», après consultation de la banque centrale et des autorités de régulation, c’est devant les parlementaires que pourrait se jouer la partie la plus serrée. Ils seront amenés à se prononcer sur la levée du plafonnement des droits de vote à 15% dans ASX.

Le Parlement étant sans majorité, le soutien des Verts et des indépendants sera décisif pour le gouvernement travailliste minoritaire. Ces derniers ont déjà exprimé leurs réserves. «Nous ne voyons pas quel serait l’intérêt pour ce pays d’avoir un opérateur boursier contrôlé depuis Singapour», a déclaré le chef de file des Verts, Bob Brown. Hormis la question périphérique du respect des droits de l’homme dans la cité-Etat, les critiques les plus virulentes portent sur les conditions proposées par le camp singapourien en terme de gouvernance: 4 sièges seront offerts à des représentants australiens sur les 15 que comptera le conseil d’administration. De plus, Singapour conservera la haute main sur les fonctions de président et de directeur général, sous-entendant qu’il s’agit bien d’une prise de contrôle et non d’une fusion.

Selon des sources ministérielles citées par le quotidien The Australian, le deal soumis par SGX ne serait pas «assez bon» pour emporter l’adhésion du gouvernement. Mais selon l’ancien président d’ASX, Maurice Newman, un éventuel refus risquerait de reléguer la place financière australienne à l’arrière-plan, alors que c’est le gouvernement lui-même qui a poussé ASX dans les bras d’un partenaire en délivrant une licence d’exploitation à son concurrent Chi-X.

Ce climat d’incertitude a pesé sur le cours d’ASX. L’action a clôturé mardi en baisse de 7,4%, à 38,67 dollars, un niveau inférieur de 15% environ à celui de l’offre mixte, dont la facture totale avoisine 8,4 milliards de dollars australiens (5,9 milliards d’euros).

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