Le marché juge improbable un retrait de licence pour Standard Chartered
Le monde de la finance s’interroge sur les conséquences de la mise en cause de Standard Chartered par une instance américaine pour avoir aidé l’Iran à contourner son embargo. Le Département des services financiers de l’Etat de New York (DFS) menace la banque de lui retirer sa licence aux Etats-Unis si elle ne parvenait pas à justifier les 250 milliards de dollars de transactions qu’elle aurait, selon lui, passées pour le compte de Téhéran depuis une dizaine d’années.
Cette sanction est jugée peu crédible. L’enquête, démarrée en 2010, réunit plusieurs régulateurs américains, dont la Fed et le procureur général de New York. Or, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, remarquait hier que dans le cas du scandale du Libor, les régulateurs avaient attendu la fin des enquêtes pour publier un rapport coordonné. Le DSF fait pour l’instant cavalier seul. «Stan a une défense solide. […] La loi en question est un texte fédéral, régi et appliqué par les autorités fédérales, alors que DFS est l’organisme d’un Etat», souligne notamment James Chappell, analyste chez Berenberg Bank. Mais les observateurs sont conscients des pressions politiques subies par les régulateurs outre-Atlantique.
Une perte de licence paraît à première vue gérable dans la mesure où l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique génèrent 90% des bénéfices de la banque. Mais «l’accès à la liquidité en dollars est un avantage déterminant, notamment dans les financements export en Asie, qui génèrent à leur tour d’importants revenus. Ainsi, l’export, le cash management et le change ont rapporté 2,5 milliards de dollars au premier semestre, soit 27% des revenus du groupe», note Tom Rayner, analyste chez Exane.
L’amende reste, cela dit, le scénario le plus probable, selon les analystes. Mais étant donné l’écart dans les estimations (le DFS évoque 250 milliards de dollars de transactions frauduleuses, StanChart n’admet que 14 millions), l’éventail des sanctions financières est particulièrement large. En se fondant sur des précédents entre 2009 et 2012, les amendes ont représenté entre 31% et 77% du montant des transactions prohibées… «La banque pourrait absorber jusqu’à trois milliards de dollars d’amende sans avoir à lever des capitaux, même si nous considérons qu’un montant compris entre un et deux milliards serait plus réaliste. […] Un montant de 1,5 milliard laisserait le ratio de capital pur à 11% en 2013, ou à 10,5% en appliquant Bâle 3 totalement», estime Tom Rayner.
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