«L’AMF craint une baisse drastique des budgets affectés à l’analyse financière»
Benoît de Juvigny, le secrétaire général de l’autorité, s’inquiète des propositions du régulateur européen (Esma) sur la tarification de la recherche.
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Solenn Poullennec
Benoît de Juvigny, secrétaire général de l’AMF
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- L’AGEFI : L’Esma propose de faire payer l’analyse financière directement par les gérants plutôt que par le client final via les commissions de courtage. Qu’en pense l’AMF ?
- BENOIT DE JUVIGNY : Le collège de l’AMF est inquiet. Nous discutons au sein de l’Esma entre régulateurs et tout le monde n’est pas du même avis. Pour l’AMF, l’analyse financière est quelque chose d’extrêmement important. Nous craignons une baisse drastique des financements affectés à cette recherche et qu’à terme les grandes entreprises françaises ne soient seulement suivies que par un petit oligopole de brokers et qu’il y ait de moins en moins, voire plus aucun analyste sur les PME. Ce serait contraire à l’idée selon laquelle la Bourse doit financer d’une manière croissante les PME. Cette réforme pourrait accélérer fortement la contraction de l’activité de recherche sur la Place.
- Quelles propositions alternatives faites-vous ?
- Nous ne défendons pas à ce stade une solution particulière, car nous estimons que le principe même de cette réforme dans le cadre de la régulation MIF 2 est contestable. C’est un sujet qui n’a pas été vraiment débattu au niveau politique. MIF 2 est un texte sur les services d’investissements, ce n’est pas un texte sur la gestion d’actifs, qui plus est, il ne traite que de la gestion sous mandat et non de la gestion collective. Il nous semble qu’une telle réforme nécessiterait d’abord une étude d’impact sérieuse. Je ne suis pas certain que tout le monde ait pris la mesure des conséquences potentielles sur le fonctionnement du marché. Enfin, pour nous, une telle initiative devrait entrer dans un cadre plus international. Une règlementation européenne pourrait contribuer à faire apparaître plus élevé le coût des fonds européens par rapport aux fonds non-européens.
- Les défenseurs de la réforme évoquent le risque d’abus dans la tarification de la recherche...
- Ils posent de bonnes questions car le dispositif actuel est loin d’être parfait. Il a pu se traduire par une certaine inflation de la recherche, par des excès autour du corporate access ou de la mutualisation ou par un risque de facturations abusives via les commissions de courtage. Ce dernier point a fait l’objet de réglementation. Je ne dis pas qu’il ne faut pas aller plus loin. Mais faut-il pour cela révolutionner le mode de financement de la recherche avec le risque de voir une réduction drastique des budgets qui y sont affectés ?
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