La vaccination en Israël sert de guide pour les marchés
Le retour à une activité économique normale repose sur la vaccination qui a débuté en fin d’année dernière avec des rythmes très différents suivant les pays. «Cela a un impact économique réduit dans un premier temps car cela prend du temps», souligne Laurent Gonon, responsable de la gestion chez BFT IM. Ce d’autant que de nouvelles vagues de contaminations, avec des variants, obligent à de nouveaux confinements, ce qui pèse sur la croissance. «Mais cela nous permet d’entrevoir une issue à la crise à l’horizon de la fin d’année», poursuit le gérant.
«Le début des campagnes de vaccination à travers la zone euro est une étape importante vers la résolution de la crise sanitaire, a souligné jeudi Christine Lagarde, la présidente de la BCE, à l’issue du conseil des gouverneurs. La pandémie continue toutefois de faire peser des risques sérieux sur la santé publique et sur les économies de la zone euro et du monde». L’empressement de certains pays européens s’explique d’autant mieux, à l’instar de la Hongrie qui a autorisé le vaccin d’AstraZeneca et le russe Spoutnik V, qui n’ont pas encore reçu le feu vert de l’autorité européenne du médicament (le deuxième n’ayant même pas déposé de demande), afin de rouvrir le plus rapidement l’économie. La Commission européenne vise 70% de la population vaccinée d’ici la fin de l’été. Aux Etats-Unis, Joe Biden veut accélérer la vaccination.
Plusieurs enseignements
Un pays a pris une longueur d’avance avec près de 30% de sa population ayant reçu au moins une dose : Israël, le deuxième étant les Emirats Arabes Unis avec 20% de la population. Israël pourrait avoir vacciné 72% de sa population de plus de 16 ans fin mars. L’avance est telle, comparée aux taux de vaccination de 7% au Royaume-Uni, de 3,7% aux Etats-Unis et de seulement 1,5% en Allemagne et 0,7% en France, que le pays sert de guide pour les économistes et les marchés sur ce que sera la sortie de crise. De la même façon que la Chine avait servi de guide l’an dernier pour anticiper le rebond économique après la levée des restrictions du premier confinement. «Les développements en Israël vont fournir au reste du monde une feuille de route potentielle pour l’avenir et un guide de la vitesse et de l’ampleur auxquelles l’activité pourra reprendre une fois qu’une part importante de la population aura été inoculée», relève Ben May, économiste chez Oxford Economics. Même si le processus de vaccination est très récent (Israël a débuté sa campagne en décembre), plusieurs enseignements peuvent déjà être tirés.
D’abord, au-delà des problématiques de disponibilité des vaccins, de logistique, d’acceptation de la population… il faut plusieurs semaines avant que le vaccin ne soit efficace. Au moins un mois après la première injection, pour qu’il le soit totalement. Ce qui représente aujourd’hui seulement 4% de la population israélienne, selon les estimations d’Oxford Economics. Cela explique, entre autres, la poursuite de la hausse des contaminations, y compris parmi les personnes ayant reçu le vaccin.
Risque d’espoirs déçus
Le pays doit faire face à une recrudescence des cas de Covid, de la même ampleur qu’au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, ayant obligé le gouvernement à durcir les mesures de confinement. Cela n’est pas dû à un relâchement de la population, que l’on aurait pu craindre une fois la première injection reçue. Les indicateurs de mobilité à court terme n’ont pas évolué. Cette flambée semble être liée au développement du variant britannique. Cette mauvaise nouvelle occultant les effets positifs de la vaccination. Les économistes d’Oxford Economics préviennent par ailleurs que le rythme rapide de vaccination réalisé par Israël est difficilement réplicable aux autres pays car ce dernier s’est assuré un accès important au produit développé par Pfizer en échange d’informations sur la vaccination.
«Bien que les vaccins puissent finalement permettre aux gouvernements de rouvrir leurs économies, les restrictions d’activité devront rester l’arsenal principal pour maintenir une courbe de cas à la baisse à court terme, prévient Ben May. Ceux qui espèrent un rebond très rapide seront déçus». Pour l’heure, la plupart des économistes anticipent un fort rebond de la croissance dès le deuxième trimestre cette année.
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