De plus en plus de dirigeants et d’économistes alertent sur un risque devenu pour certains inévitable.
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Xavier Diaz
La probabilité d’une récession au second semestre 2023 en Europe et aux Etats-Unis augmente, tandis que les taux continuent de monter.
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Image par Gerd Altmann de Pixabay
Mercredi, le président de Deutsche Bank, Christian Sewing, a apporté sa pierre à ce pessimisme sur la croissance mondiale, estimant la probabilité d’une récession à 50%, dans une interview lors du sommet Future for Finance à Francfort. Aux Etats-Unis et en Europe, «la probabilité qu’une récession arrive au second semestre 2023, tandis que les taux continuent de monter, est évidemment à la hausse par rapport aux prévisions que nous avions avant que la guerre ne se déclenche», a-t-il indiqué, estimant que les contraintes sur l’économie mondiale sont multiples, notamment les goulots d’étranglement en Chine ou la hausse des prix de l’alimentation.
Pessimisme des économistes
Les économistes de Deutsche Bank sont depuis des mois très pessimistes sur la croissance mondiale et sur l’inflation. Ils ont été les premiers à anticiper une récession aux Etats-Unis fin 2023 estimant que l’inflation élevée obligerait la Réserve fédérale américaine à resserrer massivement ses conditions financières, en relevant ses taux fortement, au risque de provoquer une récession. Désormais, le message de la Fed est clair. Sa priorité est l’inflation. La croissance est au second plan. Lors d’une audition devant la commission bancaire du Sénat américain, le patron de la Fed a indiqué que le risque de récession était devenu une possibilité. «Nous n’essayons pas de provoquer, et je ne pense pas que nous ayons besoin de provoquer, une récession», a dit ce dernier, tout en admettant qu’une récession était «certainement une possibilité» en raison de la lutte engagée par la banque centrale contre une inflation.
«L’économie mondiale a subi trois chocs avec le bond des matières premières, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et un marché du travail très tendu, qui ont fait bondir l’inflation, relève Shamik Dhar, chef économiste chez BNY Mellon. C’est un véritable casse-tête pour les banques centrales qui, pour faire baisser l’inflation, vont devoir provoquer une récession pour refroidir le marché du travail». Un constat qui vaut surtout pour les Etats-Unis.
Avec le changement récent de ton des banquiers centraux, davantage d’économistes estiment désormais que le risque d’une récession est passé du stade de possibilité à celui de probabilité élevée. Ceux de Goldman Sachs voient désormais une probabilité de 30% au cours de la prochaine année, contre 15% précédemment, et 25% la suivante (10% auparavant). Ils justifient cette probabilité plus élevée de récession par une trajectoire de croissance de référence inférieure et la crainte que la Fed se sente obligée de répondre avec force à une inflation totale et à des anticipations des consommateurs plus élevées si les prix de l'énergie augmentent davantage, et ce même si l’activité ralentit fortement. La publication par l’Université du Michigan avant la dernière réunion de la Fed d’une hausse des anticipations d’inflation long terme par les consommateurs semble avoir été l’un des déclencheurs de la hausse de 75 points de base.
Probabilité de 50%
Les économistes de Citigroup ont aussi affirmé, mercredi, que la probabilité d’une récession était de 50%. «L’histoire montre que les périodes de désinflation ont souvent un coût significatif sur la croissance et nous voyons une probabilité d’une récession approcher désormais 50%», notent-il précisant que les banques centrales peuvent encore parvenir à l’atterrissage en douceur intégré dans leurs prévisions mais à condition que le choc d’offre se résorbe et que la demande reste résiliente. La sévérité de cette récession dépendra aussi du niveau d’inflation et du temps que cette dernière met à décélérer.
«Je ne peux pas dire s’il y aura ou non une récession, indique Shamik Dhar. La seule chose que je peux dire est que dans un contexte normal, la probabilité de récession est de 5%. Aujourd’hui, la probabilité est de 50%. Il me semble que le risque est clair.» En revanche, si récession il y a, ce dernier estime qu’elle arrivera plus tôt en Europe (dès la fin 2022) qu’aux Etats-Unis (en 2023) car il ne s’agit pas du même type de récession. «Aux Etats-Unis, le risque est celui d’une récession monétaire provoquée par le resserrement de la politique de la banque centrale qui doit faire face à une inflation hors de contrôle, indique-t-il. En Europe, il s’agit d’une récession réelle, dont le fondement repose sur l’économie, car la hausse des prix de l’énergie va provoquer une baisse du pouvoir d’achat et de la consommation avec une impact sur l’emploi.»
Les économistes de JPMorgan, dont les prévisions étaient jusque-là plutôt optimistes, avec une anticipation de rebond au second semestre cette année au-dessus du potentiel de croissance, sont aussi devenus plus prudents car les risques sont orientés à la hausse sur l’inflation et à la baisse sur la croissance, notamment pour l’économie américaine qui va devoir se confronter au coût de la hausse des taux. Pour eux, le risque d’une récession aux Etats-Unis au cours des 12 prochains mois est «inconfortablement» élevé à 35%. Pour éviter qu’un tel scénario ne se produise, il faudra une stabilisation des prix de l’énergie, que les marges élevées des entreprises soutiennent ces dernières, que le coussin d’épargne serve d’amortisseur pour la consommation, que la priorité de la Fed redevienne la croissance une fois que les taux des Fed funds auront dépassé 3% et que la Chine adopte une approche plus flexible face au Covid. Une gageure.
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