« Euroclear veut offrir un accès unique au plus grand bassin de collatéral européen »

Tim Howell, directeur général du dépositaire central de titres, évoque pour « L’Agefi » les enjeux du groupe et de la profession
Florence Autret, à Bruxelles

L’Agefi : Qu’est-ce qui a changé pour vous après Lehman ?

Tim Howell : Le monde financier porte désormais plus d’attention au risque et plus seulement au prix. C’est une bonne chose. Les infrastructures de marché ont par ailleurs prouvé leur fiabilité pendant la crise financière et leur valeur ajoutée. On reconnaît qu’il y a un prix en dessous duquel il n’est pas possible d’aller si l’on souhaite un service de qualité.

Diriez-vous que les activités d’Euroclear restent surtout des activités de volume ?

La taille est certes un élément très important. Mais elle n’est pas tout. Il y a une valeur ajoutée à apporter en termes de réduction des risques. Le post-marché devient de plus en plus pertinent en la matière. Les débats portent sur ce qui pourrait être fait hors des participants au marché, par des infrastructures. Les dérivés OTC en sont un exemple concret.

D’où de nouveaux développements pour justement remonter la chaîne de valeur ?

La ligne directrice de notre action est de réaffirmer la prééminence d’Euroclear dans le post-marché en Europe. La gestion du collatéral est déjà importante. Elle est appelée à le devenir de plus en plus. Euroclear ambitionne d’offrir un point d’accès unique au plus grand bassin de collatéral en Europe. L’offre sur la gestion de collatéral, qui sera lancée à partir de 2012, permettra aux clients d’accéder au collatéral quel que soit le dépositaire central de titres (national ou international, à savoir Euroclear Bank) du groupe où il se trouve.

Le post-marché semble hésiter entre consolidation verticale et horizontale. Comment vous positionnez-vous ?

Sur les marchés d’actions, la compensation est en train d'être réintégrée verticalement par les bourses et les MTF, ce qui accroît les risques d’interopérabilité et la fragmentation. Ainsi, dans les dérivés OTC, de nombreux acteurs du marché indiquent qu’ils souhaitent lancer des initiatives. Mais on peut également aboutir à une concurrence agressive du type: «Si tu me donnes ton portefeuille, je te demande moins de collatéraux». Ce n’est probablement pas non plus le résultat recherché par les régulateurs. S’il y a par ailleurs déjà plusieurs acteurs - huit ou neuf, par exemple - sur le marché, je ne vois pas l’intérêt d’être le dixième. Le bon nombre se situe probablement autour de deux ou trois. Nous devons voir où nous pouvons apporter une valeur ajoutée.

Quel est l’impact du trading à haute fréquence sur vos activités ?

Nous ne traçons pas les ordres selon qu’ils viennent de programmes algorithmiques ou de personnes physiques. Il ne reste pas moins que le trading à haute fréquence est une nouvelle source de volume. Le netting des ordres est également susceptible de développer les volumes de règlement-livraison. Il a évidemment des avantages car il réduit le risque et augmente ainsi la capacité de transactions. Donc plus il y en a, plus le volume de dénouements a des chances d’augmenter. Mais il faut être très prudent à ce sujet car ces liens ne sont pas directs.

Quel sera l’impact sur le marché de la plateforme paneuropéenne de règlement-livraison sur titres de la BCE, T2S ?

En théorie, les dépositaires centraux devraient perdre une partie de leurs revenus. La question est de savoir ce que rejoindre le système paneuropéen leur coûtera. Pourront-ils remonter la chaîne de valeur sans que cela n’affecte significativement leur profil de risque, historiquement bas ? Tout cela risque d’en mettre certains dans une situation difficile. On parle d’une nouvelle phase de consolidation. Ici encore, la technologie jouera un rôle crucial. Mais on ne pourra avancer sur la voie de la consolidation que si l’harmonisation a été menée à bien. Et seule une autorité publique comme la BCE peut faire de l’harmonisation à l'échelle paneuropéenne. C’est un processus qui ne peut pas résulter uniquement de la dynamique des acteurs de marché.

Quelle est la part de revenus que vous comptez générer hors d’Europe et particulièrement en Asie à l’avenir ?

Nous avons déjà une forte demande de sociétés financières asiatiques sur les titres européens. Le vrai succès est de transposer notre expertise, notamment vers les marchés émergents. Cela se fera plutôt via des collaborations ou des coentreprises. Par ailleurs, le marché du renminbi offshore est en train de décoller. Quand les autorités chinoises décideront où il doit se trouver, et cela sera probablement à Hong Kong, il faudra que nous soyons de la partie. Nous avons récemment lancé un nouveau service pour les titres en renminbi. Mais soyons clairs : cela ne va pas générer beaucoup de revenus à court terme.

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