Dexia reste un foyer de pertes potentielles
Les actionnaires publics de Dexia n’ont, une fois de plus, pas eu le choix. En se mettant d’accord dans la nuit de mercredi à jeudi sur une recapitalisation de la société anonyme cotée à la Bourse de Bruxelles à hauteur de 5,5 milliards d’euros, la France et la Belgique ont sauvé une fois de plus la banque de la faillite. Paris, de son côté, a obtenu un «accord de principe» sur la création de la future banque publique des collectivités locales, mais Bruxelles veut boucler l’ensemble du dossier de Dexia en une fois.
S’il n’y avait pas eu cette injection de capital, «c’était le corbillard devant la porte», a reconnu jeudi le président de Dexia SA, à Bruxelles. Karel de Boeck a particulièrement insisté sur les conséquences dramatiques des contraintes de financement sur le résultat. Sur les neuf premiers mois, les commissions de garantie due par la banque ont atteint 725 millions d’euros, expliquant près d’un tiers du déficit enregistré qui a amené le conseil d’administration à constater une situation de fonds propres négatifs.
La direction a deux mois pour réunir une assemblée générale d’actionnaires afin de valider la continuation de l’activité et l’augmentation de capital. Les actionnaires historiques vont devoir constater l’évaporation complète de leur participation.
En retenant une valorisation à 20 centimes par action, l’augmentation de capital de 5,5 milliards va porter la participation des deux souscripteurs exclusifs, les Etats français et belge, à «93-94%» du capital, a déclaré Karel de Boeck. La priorité de l’ancien dirigeant de Fortis est de sortir du cercle vicieux du manque de liquidité qui menace le projet central du plan de résolution: l’extinction progressive de son portefeuille qui devrait tomber naturellement autour de 50 à 60 milliards d’euros en... 2025. Il a obtenu la nuit dernière une baisse significative du coût des garanties publiques ramenées de 90 pb à 5 pb, pour un plafond constant ou presque puisqu’il reste à 85 milliards, soit les 90 milliards anciens diminués de l’augmentation de capital.
Mais les négociations sur le financement sont appelées à se poursuivre. La banque est extrêmement sensible aux variations de taux. «Nous payons le Libor et nous recevons de l’Eonia», a-t-il expliqué. Selon lui, la banque est obligée de mobiliser «1 milliard d’euros de collatéral» supplémentaire auprès des banques centrales pour chaque hausse de taux de 10 pb. Or la génération de ce cash est très onéreuse: «20 centimes», selon Karel de Boeck. D’où son idée de «substituer une garantie d’Etat directe à une partie du collatéral». Elle est pour l’instant repoussée par Paris.
Certains engagements de Dexia courent jusqu’en 2099, et la banque souffrirait en cas de crise sur la dette italienne. En attendant, l’urgence est de finaliser la nouvelle version du plan de résolution et de l’adresser à la Commission européenne avant la fin de la semaine prochaine, avec trois semaines de retard sur le calendrier prévu, «en espérant» que la Commission européenne le valide avant fin janvier, date d’expiration des garanties publiques fixée par Bruxelles.
«Notre souhait est de pouvoir clore ce dossier le plus rapidement possible», a indiqué jeudi un porte-parole de la Commission. Mais Bruxelles veut un «accord global» qui porte à la fois sur la résolution ordonnée de Dexia SA, la restructuration de Belfius et la mise en place, en France, de la nouvelle entité de financement des collectivités locales.
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