Apax Partners s’embourbe dans le financement de son LBO sur Rue21
JPMorgan, Goldman Sachs et Bank of America ont raté leur tour de passe-passe. Après avoir garanti à Apax le financement du rachat de l’enseigne américaine d’habillement Rue21, les trois banques n’arrivent pas à placer cette dette sur les marchés. Selon le Wall Street Journal, elles pourraient perdre jusqu’à 156 millions de dollars (115 millions d’euros) sur la principale ligne, une dette à sept ans de 530 millions de dollars. Les banques la bradent désormais à 80 ou 85 cents pour un dollar, soit une décote pouvant atteindre 20%. En août, elles proposaient cette ligne à un taux compris entre 5,5% et 5,75%.
Le reste de l’opération doit être financé par 250 millions de dollars de titres subordonnés et 269 millions de fonds propres d’Apax. Le fonds anglo-saxon, qui détenait déjà 30% des parts de Rue21, a offert 1,1 milliard de dollars (8 fois l’Ebitda) en mai pour racheter le reste, soit une prime de 23% sur le cours de Bourse d’alors. L’offre a été approuvée par la quasi-totalité des actionnaires le 19 septembre.
Mais entretemps, la chaîne de magasins de mode adolescente n’a pas tenu ses promesses. La rentrée des classes n’a pas permis de redresser les ventes. Rue21 estime ainsi que les enseignes comparables à la sienne ont vu leurs ventes reculer de 12,8% en septembre, après une baisse de 7,8% en août. Pour l’ensemble du trimestre, clos le 5 octobre, elle table sur un recul du secteur de 9,5%.
Dans ces conditions, les investisseurs doutent que Rue21 puisse rembourser ses emprunts. Pour la seule dette de 530 millions, ses échéances annuelles atteindront environ 30 millions de dollars (hors déduction des intérêts d’emprunt), or la société avait seulement généré à fin juillet 18 millions d’euros de trésorerie disponible sur douze mois, souligne le Wall Street Journal. Standard & Poor’s a noté l’enseigne B- en août, l’estimant vulnérable à des conditions économiques difficiles, tout en jugeant sa liquidité «adéquate».
Le cas Rue21 détonne dans un marché encore friand de dette à haut rendement. Depuis le début de l’année, les fonds de capital-investissement ont obtenu plus de 66 milliards de dollars de prêts LBO, contre 51 milliards pour toute l’année 2012, selon les données de Standard & Poor’s et Bloomberg. Mais les investisseurs sont en pleine valse-hésitation après l’annonce d’un possible resserrement de la politique monétaire américaine… finalement repoussé à plus tard par la Fed.
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