Rabobank sacrifie son patron sur l’autel du scandale du Libor

La banque néerlandaise a convenu de verser 774 millions d’euros à diverses autorités en échange de l’absence de poursuites pénales
Benoît Menou
Photo: Bloomberg
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La main dans le sac. L’accord consenti par Rabobank à la suite des accusations de manipulation des taux interbancaires Libor et Euribor a permis de mettre en lumière des pratiques bien huilées au sein de la banque néerlandaise, en interne et avec d’autres contributeurs participant à la détermination quotidienne de ces taux de référence.

La FCA (Financial Conduct Authority) britannique, l’une des autorités (aux côtés d’homologues néerlandaises, américaines ou japonaise) ayant infligé hier à la banque néerlandaise une amende cumulée de quelque 774 millions (la cinquième pour l’instant, et la deuxième plus importante), assure avoir dénombré entre 2005 et 2011 «plus de 500 tentatives de manipulation» impliquant «au moins 9 responsables et 19 autres personnes à travers le monde». Pour le responsable de l’application des règles et du crime financier au sein de la FCA, Tracey McDermott, certains ont «considéré les soumissions (destinées à déterminer les taux de référence) comme un moyen de gagner de l’argent, sans égard pour l’intégrité du marché. C’est inacceptable».

L’autorité évoque une triche «systématique» permise par des contrôles internes défaillants. De quoi inciter à la démission avec effet immédiat le directeur général de Rabobank, Piet Moerland, qui devait partir à la retraite l’an prochain, même si les régulateurs ont salué la pleine coopération de la banque lors des enquêtes et ont dédouané la direction de toute conduite intentionnellement frauduleuse. Et pour cause, elle n’avait pas connaissance des faits.

Ces faits concernent donc une trentaine de salariés seulement selon les enquêtes. Les comptes-rendus de ces dernières dévoilées hier laissent découvrir les rouages de la manipulation. Le département de la Justice américain a notamment retranscrit des échanges électroniques ou téléphoniques entre les responsables de la soumission des taux interbancaires et les traders de produits dérivés ayant intérêt à voir apparaître des taux spécifiques selon leurs positions de trading.

Il en ressort de savoureux échanges, où l’on apprend par exemple que selon les protagonistes l’honnêteté ne paie pas et qu’un petit manque d’éthique est bien utile pour se faire des amis sur le marché. «Où vois-tu le Libor 6 mois demain stp?» demande en août 2007 un trader de Rabobank à un collègue responsable de la soumission des taux, qui lui répond: «A quel niveau voudrais-tu le voir, telle est la question?».

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