L’industrie de la gestion s’inquiète de l’hémorragie des fonds monétaires
C’est un cri du cœur. Paul-Henri de la Porte du Theil a tiré la sonnette d’alarme lundi, s’inquiétant de l’hémorragie des OPCVM monétaires français, aggravée par la perspective de mise en place des nouvelles règles de liquidités des normes bancaires Bâle 3. «Les banques ont mis en œuvre une politique de transfert vers les comptes et les dépôts à terme, principalement sur les particuliers, clientèle qu’elles peuvent plus facilement orienter», s’est inquiété le président de l’Association française de la gestion financière (AFG) dans un entretien aux Echos.
Les mesures prises par Bâle 3 en matière d’OPCVM «sont inutiles et dangereuses». Elles s’ajoutent à la réglementation plus restrictive des fonds monétaires à partir du 1er juillet 2011. Ceux-ci sont incités à raccourcir leur horizon de placement alors que les banques doivent rallonger la maturité de leurs ressources (L’Agefi Quotidien du 24 janvier).
Cette prise de position intervient alors que toute l’industrie financière française commence à se mobiliser pour tenter d’infléchir la définition des deux ratios de liquidités à 30 jours et un an annoncée par le Comité de Bâle mi-décembre. Des ratios jugés insatisfaisants par le propre régulateur, la Banque de France. Une fenêtre de tir pour les représentants du secteur bancaire s’ouvrira à l’occasion de la transposition des règles en droit européen.
Mais au-delà du cas Bâle 3, le cri d’alarme de l’AFG est à la mesure du défi structurel que doit relever l’industrie de la gestion à Paris. La Place a fait du monétaire, activité peu margée, son domaine d’excellence en Europe. Or les maux s’accumulent. L’explosion du segment dynamique est intervenue en 2007. Après une brève rémission, la décollecte s’est accélérée à partir de 2009 en raison de la faiblesse des taux courts. En 2010, les sorties de capitaux ont atteint 152 milliards d’euros en Europe, selon Morningstar. En France, l’encours est tombé à 345 milliards d’euros à fin décembre selon les chiffres d’EuroPerformance SIX Telekurs, en baisse de 15% sur un an.
Les grandes gestions monétaires – qui sont souvent aussi des filiales de banque – doivent donc réorienter leur collecte vers les compartiments actions, obligations ou alternatifs. Une bonne occasion, au passage, d’améliorer leur marge.
Plus d'articles du même thème
-
La stratégie de TotalEnergies paie à tous les étages
Le pétrolier a confirmé ses objectifs à l'horizon 2030 et donné de la visibilité au-delà. Il annonce aussi une hausse de son dividende de 5% par an sans renoncer à ses ambitions dans l’électricité. -
Les paris sont lancés sur le futur directoire de la BCE
Les deux tiers des postes seront renouvelés d’ici à fin octobre 2027. Les tractations vont probablement s’accélérer en vue d’accords précédant l'élection présidentielle françaises. Pas sûr qu’elles aboutissent cependant avant le départ effectif d’Isabel Schnabel le 3 janvier prochain. -
La ruée vers le Luxembourg grippe les ouvertures de contrats d’assurance-vie
Suscitant un attrait croissant auprès des épargnants français, l’assurance-vie luxembourgeoise voit affluer les souscriptions. Mais les assureurs peinent à suivre le rythme, entraînant un allongement des délais d’ouverture des produits d'épargne.
ETF à la Une
Les secrets de la performance record d'un ETF sur le fret maritime
- Le nouveau cadre SFDR se précise mais des désaccords demeurent chez les professionnels
- Le Crédit Agricole lance avec Amundi son offensive dans le capital naturel
- La France recule au 29ᵉ rang mondial du classement retraite de Natixis IM
- L’Europe lance un Pacte des investisseurs institutionnels européens pour la tech européenne
- Les assureurs ont orienté leurs achats vers la dette longue en 2025
Contenu de nos partenaires
-
Royaume-Uni : Andy Burnham au défi de reconquérir sa base
Les militants du Labour veulent donner sa chance au Premier ministre, dont les débuts à Downing Street sont appréciés. Mais il va devoir présenter rapidement des résultats concrets pour convaincre -
Guerre des nerfsAu procès de Rachida Dati, une défense au bazooka face à de lourdes réquisitions
Les avocats de l'ancienne ministre accusée de corruption dans l'affaire Renault-Nissan ont tenté d'affaiblir la démonstration du PNF sur du lobbying supposé à Bruxelles -
Machine arrièreChoc fiscal : 37 milliards déjà, et ce n'est pas fini...
Selon le nouveau bilan des prélèvements obligatoires dressé par l'Institut Rexecode, les hausses d'impôts enregistrées depuis la dissolution ont déjà annulé la moitié des baisses menées depuis 2014. Sans parvenir à faire diminuer le déficit public pour autant