Les banques apprécient mal l’appétit pour le risque des prospects
Pour sa troisième vague de visites mystères – 110 visites auprès des agences bancaires représentants onze établissements différents – l’AMF constate que les produits financiers sont plutôt vendus qu’achetés. Si ces visites mystères n’ont pas décelé de propositions commerciales manifestement inadaptées, ces propositions sont parfois plus guidées par l’offre en cours.
En effet, les chargés de clientèles ne prennent pas encore assez en compte le profil des deux types de prospects, «risquophobes» et «risquophiles», même si des progrès ont été faits. Si dans presque tous les cas, le conseiller interroge le client potentiel sur ses projets, son épargne financière et son horizon de placement, seulement une fois sur deux il demande le niveau d’appétence au risque, même pour les prospects prêts à en prendre. De même, le chargé de clientèle n’interroge que dans 35% des cas le prospect «risquophobe» sur son niveau de charges.
Cette année, l’AMF proposait un scénario de «jeune actif risquophile», client idéal pour un compte titres, et pourtant, seulement dans un cas sur deux le conseiller a proposé l’ouverture d’un PEA. Ce faible taux peut s’expliquer à la fois par l’inadéquation du profil de vendeur au prospect, et par l’autocensure du vendeur, «risquophobe», comme la majorité des Français. Toutefois, les disparités sont grandes. Certaines enseignes proposent systématiquement le PEA et convainquent le prospect.
Comme les années précédentes, le commercial est peu disert sur la question des frais. Le rapport note même une légère dégradation par rapport à l’an dernier. Seulement dans un cas sur deux, il présente d’emblée les frais, mais «généralement, il ne s’agit que des frais d’entrée», souligne Natalie Lemaire, directrice des relations avec les épargnants à l’AMF. Or, les frais récurrents sont essentiels, surtout en période de rendement faible.
Au moins huit fois sur dix, le chargé de clientèle met en exergue les avantages des produits proposés, alors qu’il n’évoque spontanément les inconvénients que dans trois cas sur dix. Ce manque d’information «crée forcément de la déception avec les clients à moyen long terme», ajoute Natalie Lemaire.
Par ailleurs, l’AMF est en train de dépouiller une vague de visites «haut de gamme» en banque privée pour des prospects ayant 2,5 millions d’euros à placer.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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