Les assureurs français souffrent davantage en dommages qu’en vie
Pour la première fois depuis début 2012, Moody’s a révisé hier sa perspective sur l’assurance dommages en France, la faisant passer de stable à négative du fait d’«une forte détérioration de la profitabilité de l’assurance auto». Le jugement de l’agence de notation ne s’applique pas au secteur de l’assurance vie, qui reste «stable» en avril 2014.
En dommages, le changement de perspective «reflète essentiellement la détérioration du ratio combiné (ratio des sinistres et coûts sur primes, ndlr) en assurance auto et surtout la difficulté pour les assureurs à augmenter significativement leurs tarifs, donc à redresser leurs résultats», explique Benjamin Serra, analyste crédit senior chez Moody’s en charge de l’assurance en Europe. En hausse de 4 points de base en 2014, à 107%, le ratio combiné des contrats auto devrait rester supérieur à 105% dans les 12 à 18 mois qui viennent. Un défi pour le secteur, sachant que l’auto représente 39% du marché français de l’assurance dommages.
«Depuis 2011 on vivait dans un environnement où les ratios combinés en assurance auto étaient relativement stables», poursuit l’analyste. La baisse de fréquence des sinistres se doublait alors de hausses tarifaires. La tendance s’est inversée en 2014 avec une hausse des sinistres corporels et de leur coût, et une concurrence accrue entre assureurs. Celle-ci entraîne un gel ou une hausse modérée des prix: la loi Hamon, qui permet la résiliation à tout moment des contrats, incite les acteurs à la prudence, tandis que les bancassureurs gagnent des parts de marché aux dépens des mutuelles et assureurs traditionnels.
Toutefois, le ratio combiné de l’assurance habitation (19% des primes) devrait continuer à baisser et avoisiner 100% cette année. Cela devrait permettre au marché des dommages de maintenir un ratio moyen, tous produits confondus, autour de 100% selon les calculs de Moody’s.
En assurance vie, les perspectives sont plutôt satisfaisantes malgré la faiblesse des taux d’intérêt et les contraintes d’investissement de la directive Solvabilité 2. «La collecte brute devrait continuer à bien se maintenir», estime Benjamin Serra qui pointe une fiscalité attractive et un différentiel de rendement avec les autres produits d’épargne toujours favorables à l’assurance vie. Les retraits devraient continuer à augmenter mais Moody’s prévoit une collecte nette comprise entre 10 et 30 milliards d’euros cette année, après 21 milliards en 2014.
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