Les accords sur le télétravail empoisonnent les banques
Bureaux vides, open spaces quasi déserts, les banques sont plutôt montrées en exemples de la bonne application des recommandations faites par les pouvoirs publics concernant le télétravail. Pourtant, depuis plusieurs mois certains syndicats font état d’une situation beaucoup moins sereine qu’il n’y paraît.
Les dirigeants des banques sont confrontés à un problème délicat : la différence de traitement entre les salariés des sièges sociaux et ceux des réseaux. Dans cette période de crise sanitaire, dans les sièges, les salariés sont presque tous assujettis au télétravail. Mais dans les réseaux, ils doivent souvent assurer une présence physique, les agences bancaires relevant d’activités au caractère «indispensable».
Points d’achoppement
Et cela crée parfois des points de friction entre direction et organisations syndicales. Dans une lettre ouverte adressée à la direction de la banque le 5 novembre dernier, la CFDT a estimé que «les salariés de BNP Paribas ne bénéficient pas tous de manière égale des dispositions destinées à protéger leur santé. Certains ayant accès au télétravail, d’autres non, sans leur avoir fourni pour autant d’explications». La réunion de la commissions santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) qui s’est tenue le 10 novembre dans la banque n’a pas débouché sur un accord. Et elle n’est pas la seule à être sous tension. A la Société Générale, un syndicaliste estime aussi que «la direction générale ne joue pas le jeu. Elle devrait mettre davantage de moyens pour le télétravail dans le réseau». La banque n’est qu’au tout début de son processus de négociation sur le télétravail, mais les réunions sur ce sujet qui se tiendront les prochaines semaines risquent d'être agitées.
Pourtant, les directions des ressources humaines planchent sur le sujet. Depuis le premier confinement au printemps, le cabinet de conseil Ylios a réuni régulièrement un cercle de dirigeants - dont plusieurs responsables des relations humaines de grandes sociétés financières - afin qu’ils mettent en commun leurs expériences et les problèmes auxquels ils étaient confrontés pendant cette période de crise sanitaire. La question de la présence des équipes sur le lieu de travail y a évidemment tenu une place importante. La crise a forcé les équipes dirigeantes à accélérer leurs réflexions sur le télétravail. «Alors que ces pratiques stagnaient jusqu’alors, elles ont été boostées dans un mouvement sans précédent», indique le cabinet dans le compte-rendu de ses réunions.
Accords de long terme
Le corollaire de cette accélération de l’utilisation du travail à distance, c’est que la pratique n’est plus considérée comme étant simplement ponctuelle. «Même si des craintes et des réticences existent ici et là, le travail à distance va continuer à s’imposer tant que le Covid 19 n’aura pas été éradiqué et sans doute ensuite, plus durablement», anticipe Ylios. Et c’est là toute la difficulté des négociations qui sont aujourd’hui en cours dans les entreprises, et tout particulièrement dans les banques. Les discussions se télescopent, entre des accords qui doivent être trouvés immédiatement pour faire face à l’urgence sanitaire et d’autres, de plus long terme, qui régiront le télétravail lorsque la situation sera redevenue normale. «Les dirigeants des banques veulent boucler le dossier télétravail avant la fin de l’année car, avec moins de salariés au bureau, les économies qu’elles pourront faire sur leur immobilier sont importantes. Mais en revanche, elles ne veulent pas négocier sur les bases de la crise sanitaire», regrette le représentant d’un syndicat d’un grand réseau.
La directrice des ressources humaines de BPCE, Catherine Halberstadt, qui est intervenue lors de la présentation des travaux du consultant à la presse, a expliqué que, concernant le télétravail, «avant de signer des accords, il faut se poser, réfléchir à ce qu’il est possible de faire», même si la pression des collaborateurs pour signer des accords immédiatement après le premier confinement était « forte ». La banque s’est ainsi laissé jusqu’à la fin du mois de novembre avant de signer ces accords. L’enjeu est important, même au siège ou dans les fonctions support. Car, «pendant la crise, beaucoup de choses ne s’étaient pas faites, notamment ce qui relève du collectif, des projets, de l’innovation», constate Catherine Halberstadt. Or ces projets ou ces innovations sont aujourd’hui au cœur du développement des sociétés dans leur course à la digitalisation. Pour mieux travailler à distance.
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