Le Livret A cesse de drainer l’épargne de bilan des banques
Mois après mois, la collecte du Livret A diminuait. Elle a fini en septembre par tomber dans le rouge, dans des proportions toutefois insoupçonnées. Les retraits nets sur le produit ont atteint 1,56 milliard d’euros. En ajoutant ceux du Livret de développement durable, qui draine moins de fonds, les deux produits d’épargne réglementée ont perdu 2,06 milliards. Depuis le début de l’année, ils affichent tout de même encore une collecte de près de 21 milliards, pour un encours de 363,6 milliards.
Pour le Livret A (hors Livret Bleu du Crédit Mutuel), il s’agit du premier mois de décollecte depuis octobre 2010, qui avait connu des retraits ponctuels de 155 millions. Mais c’est surtout entre mai et novembre 2009 que le produit avait enregistré son dernier épisode significatif de désaffection des épargnants, à une époque où son taux nominal de rémunération était tombé, tout comme aujourd’hui, à 1,25%.
«Cette décollecte marque une réelle rupture», réagissait hier Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants, qui l’attribue à deux phénomènes. A 1,25%, la rémunération du Livret A ne présente plus d’avantage comparatif. L’épargnant n’a guère de miracle à attendre sur ce point, la formule de calcul du taux étant indexée sur une inflation française orientée à la baisse en attendant le petit relèvement de TVA au 1er janvier. «Par ailleurs, de nombreux ménages, pour faire face aux dépenses liées à la rentrée et aux impôts, ont dû puiser dans leur épargne de court terme. Le fort niveau de chômage, la stagnation des salaires ont accentué ce phénomène», ajoute Philippe Crevel.
Les grandes banques à réseaux ne verront en revanche pas d’un mauvais œil ce retournement de tendance. Favorisée par le relèvement des plafonds du Livret A et du LDD fin 2012, la collecte sur les deux produits est centralisée en majorité à la Caisse des dépôts. Elle draine les ressources de bilan des banques, d’autant plus que l’alourdissement de la fiscalité de l’épargne a provoqué des transferts des comptes sur livrets traditionnels vers les deux produits défiscalisés.
Pour compenser cet effet, les banques ont obtenu en juillet de Bercy la mise à disposition de 30 milliards de ressources centralisées aux fonds d’épargne, et ne désespèrent pas d’en obtenir 20 milliards de plus.
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