Le débat fait rage autour du super ratio de levier américain
Outre-Atlantique, le débat fait rage entre partisans et adversaires d’un ratio de levier plus restrictif pour les grandes banques. Les intéressés ont fait passer ces derniers jours leurs réponses à la consultation de la Réserve fédérale, de la FDIC et de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), qui ont proposé le 9 juillet de durcir le leverage ratio des holdings financières à 5% et celui de leurs filiales bancaires à 6%, contre un seuil fixé à 3% dans les règles de Bâle 3. Huit établissements sont visés par ce super levier, qui rapporte les actifs aux fonds propres: BoA, Citi, Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley, Wells Fargo et les deux géants du post-marché, Bank of New York et State Street.
Les nouvelles règles «placeront les banques américaines en situation de désavantage concurrentiel» dans le monde, s’inquiète la Mortgage Bankers’ Association, dans un courrier adressé aux trois autorités. Un argument qui fait curieusement écho aux craintes des banques européennes: pour celles-ci, l’offensive des régulateurs anglo-saxons en faveur du ratio de levier favorise au contraire un modèle bancaire américain beaucoup plus désintermédié que celui de l’Europe.
Les banques américaines partagent avec leurs homologues européennes les critiques de fond sur le ratio. «C’est un instrument grossier qui ignore le degré de risque des différents actifs», souligne la MBA. «Pour maximiser leurs profits, les banques se tourneront vers la rentabilité sur actifs (ROA) comme outil principal d’allocation d’un capital devenu rare, ce qui pourrait conduire à des décisions irrationnelles et accroître le risque systémique au lieu de le diminuer», ajoute le lobby.
Les prêts non sécurisés, plus rentables, bénéficieraient par exemple d’un traitement plus favorable que les financements sécurisés. Les activités de pension livrée (repo), peu rentables, seraient en revanche «moins attractives». Sur ce point, la MBA donne à son corps défendant des arguments aux partisans d’un super ratio de levier.
Le Conseil du risque systémique estime que les règles prudentielles actuelles desservent le financement traditionnel par rapport à «des activités financières exotiques comme les dérivés, le repo ou les achats de dette souveraine». L’institution présidée par Sheila Bair, ex-patronne de la CFTC, trouve même que les régulateurs n’ont pas eu la main assez lourde. Elle préconise un leverage ratio… de 8% !
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