L’AMF soupèse la liberté d’information en matière financière
Après avoir rappelé à l’ordre le Mail on Sunday, pour un article publié en août 2011 prétendant que la Société Générale se trouvait au bord de la faillite, l’Autorité des marchés financiers (AMF) réunissait le 18 octobre sa commission des sanctions pour étudier la responsabilité de deux blogueurs – Jean-Pierre Chevallier, ancien professeur d’économie à l’université, et le gérant américain Mike Shedlock – dans la violente chute du titre cet été-là. Cette convocation, à laquelle aucun des protagonistes n’a répondu, s’inscrit dans le cadre d’une enquête ouverte dès le mois d’août 2011.
Le représentant du collège de l’AMF a requis une sanction minimum de 10.000 euros à l’encontre des deux internautes, ainsi que la publication de la sanction sur une base non anonyme.
Dans son rapport, la commission reproche à Jean-Pierre Chevallier la communication et la diffusion «d’un niveau d’endettement inexact de la Société Générale, en utilisant une conception erronée d’une ligne de bilan, celle des capitaux propres». Dans un article en anglais au titre évocateur («Société Générale, leveraged: 50 !»), le blogueur expliquait que le multiple de levier de la banque atteignait 50,4 au deuxième trimestre 2011, faisant ressortir le ratio de fonds propres sous Bâle 2 à… 2%. Loin des chiffres publiés par le groupe.
Jean-Pierre Chevallier conteste la prise en compte par Bâle 2 des «instruments de capital et réserves liées» dans le calcul des fonds propres. Il exclut donc par exemple les titres hybrides et les TSDI. Mike Shedlock a relayé l’article, sans prise de distance, dans plusieurs blogs américains.
Le rapporteur et le représentant s’accordent sur le fait que l’information est objectivement «inexacte», puisque la banque est autorisée à comptabiliser certains instruments de dette. En outre, «la ligne comptable soustraite ne contient pas uniquement des titres de dette», constate le rapporteur. En revanche, le représentant considère que les deux blogueurs, du fait de leurs connaissances, auraient dû être conscients de l’inexactitude de l’information, comme de l’obligation de prudence en matière d’information financière.
Le rapporteur est plus nuancé, car se pose la question du statut de Mike Shedlock, considéré par le régulateur américain aussi comme un membre des médias. Car l’affaire soulève une question fondamentale: quel risque courraient les analystes qui recalculent les agrégats financiers à partir de leurs propres hypothèses ?
Plus d'articles du même thème
-
La purge des stratégies «momentum» se poursuit
Le renversement du «momentum trade» en juillet sur les semi-conducteurs, après un semestre d'excès, profite à d'autres stratégies. Les valeurs décotées et à faible volatilité prennent leur revanche. -
UBS affiche de nouveaux encours records en gestion d'actifs
La banque suisse a collecté plus de 6 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026. Elle gérait 2.228 milliards de dollars à fin juin. -
CMA CGM finalise l'ouverture du capital de certains de ses ports à la société de gestion Stonepeak
L'opération qui passe par la création d'une coentreprise avait été annoncée en janvier 2026 pour une valorisation de près de 10 milliards de dollars.
ETF à la Une
T. Rowe Price crée le poste de responsable des solutions ETF pour la région EMEA
- Tiré par sa banque d'investissement, BNP Paribas annonce des profits en forte hausse
- La BCE suit la boussole des marchés
- Les taux français à 10 ans passent la barre des 4%
- Olivier Gavalda succède à Daniel Baal à la Fédération bancaire française
- BNP Paribas tient les promesses faites aux investisseurs
Contenu de nos partenaires
-
« Ne touchez pas à notre sport » : pourquoi le monde du foot se soulève-t-il contre la Fifa et son président ?
Gianni Infantino, président de la Fifa, veut créer une filiale pour gérer les droits médias et commerciaux des compétitions et l’ouvrir à des investisseurs extérieurs, notamment à des proches de Trump -
Série 12/28Un été d'essais politiques : Charles Millon, à droite toute
SERIE. Pour l'Opinion, notre chroniqueur Bernard Quiriny a rouvert des essais politiques d’hier à aujourd’hui, des classiques incontournables aux livres de circonstance oubliés -
Série d'étéMoi, Monique Canto-Sperber, présidente : « Je proposerais de construire une société de libertés et de paix civile »
SERIE. La philosophe et figure du libéralisme en France se met dans la peau du futur locataire de l'Elysée et liste ses premières décisions