La réforme du Livret A risque d’encourager une guerre des dépôts
Cruelle désillusion pour les banques qui avaient réclamé à cor et à cri de distribuer le Livret A. Deux ans après la banalisation du produit, la razzia sur les dépôts des réseaux historiques (Caisses d’Epargne, Banque Postale, Crédit Mutuel) n’a pas eu lieu. Et en proposant à l’horizon 2018 un taux de centralisation sur Livret A et Livret de développement durable (LDD) de 70%, Bercy va les priver de ressources de bilan précieuses, à l’heure où la nouvelle réglementation bancaire impose à la profession des ratios de liquidités plus stricts.
Le taux de centralisation est aujourd’hui de 65%, mais avec de fortes disparités: en raison du stock de Livrets A ouverts avant 2009, il dépasse les 80-85% dans les réseaux historiques, contre 20 à 25% pour les nouveaux collecteurs. Pour ces derniers, plusieurs dizaines de milliards d’euros de ressources sont en jeu.
De par sa taille sur le marché français, le Crédit Agricole serait le plus touché. Hors LCL, il a collecté depuis le début 2009 environ 16 milliards d’euros sur le Livret A. Cette ressource Livret A et LDD, soit 37 milliards au total, est aujourd’hui centralisée à plus de 20 % à la Caisse des dépôts. Si l’on remontait dès aujourd’hui le taux à 70%, la banque verte perdrait 26 milliards de ressources au lieu des 8 milliards que la Caisse centralise à l’heure actuelle.
Les ordres de grandeur sont moins élevés dans les autres banques, mais pas négligeables. L’encours de Livret A et LDD de la Société Générale atteint 15 milliards et est centralisé à 22%. Augmenter de 48 points le taux représenterait une perte de ressource de bilan de plus de 7 milliards à cet instant. En revanche, BPCE, en ramenant son taux de 76% à 70%, récupérerait environ 5,5 milliards, selon nos calculs, avec un gain pour le réseau Caisses d’Epargne (84% de centralisation) et une perte pour les Banques Populaires.
Déjà contraints par la nouvelle réglementation Bâle 3, les établissements de crédit seront d’autant plus incités à se disputer les dépôts des Français. Plusieurs banquiers évoquent désormais le risque d’une guerre des dépôts. Des pays comme l’Espagne l’ont déjà connue par le passé et y assistent à nouveau. «Le risque de guerre des dépôts n’est pas nul. Est-ce qu’il y a un risque ? Oui. Est-ce qu’il y a une inquiétude ? Pas encore», a estimé vendredi Jean-François Sammarcelli, DG délégué de la Société Générale en charge de la banque de détail.
Plus d'articles du même thème
-
Berkshire Hathaway accélère ses rachats d’actions malgré un trimestre médiocre
La baisse des résultats du conglomérat américain provient en grande partie de la contre-performance de ses activités d’assurance et de réassurance. -
Le risque politique sur la tech tétanise Wall Street
Les actions américaines, notamment liées à l’IA, ont légèrement rebondi vendredi mais après une des pires chutes des valeurs technologiques la veille. Les investisseurs se veulent prudents malgré la baisse des valorisations. Les risques sont encore trop élevés. -
« La hausse des bénéfices du S&P 500 devrait surtout compenser des valorisations exigeantes »
François Dossou, directeur de la Gestion Actions Listed Assets chez Sienna.
ETF à la Une
Defiance lance le premier ETF Ucits dédié aux «Sept Magnifiques»
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- La Société Générale supprime des postes dans sa banque de détail et ses services titres
- Pour les banques françaises, la défaite de Donald Trump éclipse une décision de Fitch
- Parvus accentue sa pression sur la gouvernance d’Accor
Contenu de nos partenaires
-
Bras de ferPrimaire, immigration : sous pression, Edouard Philippe accélère
Critiqué pour ses propos sur l'immigration, déstabilisé par le débat sur la primaire, le candidat Horizons a cinq semaines pour s'extirper du piège -
EditorialProgramme de Jean-Luc Mélenchon : on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas
Après la publication de son programme et son meeting du Bourget, nous savons exactement ce qui nous attend si le candidat insoumis est élu président de la République -
AffichageProposition d'adoption d'une règle d'or en urgence : le coup de com' de Bardella
Le président du parti à la flamme réclame au gouvernement un projet de loi constitutionnelle pour adopter une règle d’or budgétaire. Objectif affiché : « avoir, dans un délai de quelques semaines, un cadre clair pour faire aboutir le budget 2027 »