La centralisation du Livret A s’attire les foudres des protagonistes
Le bras de fer autour de la centralisation des encours et des commissions de distribution du Livret A et du Livret de développement durable (LDD) s’intensifie entre les banques, d’un côté, et la Caisse des dépôts (CDC) et l’Union sociale pour l’habitat (USH) de l’autre. Bercy leur a transmis deux projets de décret, révélés par Les Echos vendredi et que L’Agefi s’est procurés.
Selon le premier projet, le taux de centralisation des encours à la CDC pour financer le logement social et la politique de la ville, de 65%, devrait atteindre 70% en 2018. L’Etat garantit une hausse des encours centralisés de 2% par an: en-deça, une ponction supplémentaire sera effectuée sur les encours au bilan des banques. En revanche, si l’augmentation des encours centralisés dépasse 3%, les montants collectés par les banques au-delà de ce seuil resteront dans leur bilan. Ces bornes feraient ainsi mécaniquement évoluer le taux de centralisation.
L’USH est vent debout contre le projet: «il n’est pas conforme à la suggestion de la Cour des comptes demandant davantage de garde-fous, et met en péril le plancher de 125% (ndlr: l’encours centralisé minimum rapporté aux prêts des fonds d'épargne), qui devient un simple objectif», estime Dominique Dujols, directrice des relations institutionnelles. En cas de détérioration du plancher, les banques auraient tout loisir, selon un protagoniste, d’invoquer leur devoirs à l’égard des ratios prudentiels pour ne pas faire remonter les encours nécessaires.
Les banques, qui réclamaient une centralisation de 50%, sont tout autant opposées au projet évoquant leurs besoins réglementaires. «Le financement du logement social est assuré très largement par un taux de centralisation de 65%», a souligné François Pérol, président de la Fédération bancaire française et de BPCE. Les banques subiront en outre une baisse de 10 pb de la commission de distribution du Livret A, à 0,5%. Mais il s’agit d’une moyenne, le taux étant pondéré par l’encours centralisé de chaque banque.
«La réforme est un cadeau aux réseaux historiques. L’apport de collecte nouvelle à la CDC provient des nouveaux réseaux bancaires, mais comme leur taux de centralisation global est inférieur, leur commission sera plus faible !», peste un banquier. Par ailleurs, si les banques qui centralisent aujourd’hui plus que le minimum légal (en clair, l’Ecureuil, à 84%, et la Banque Postale), décollectent, leurs concurrents combleront la différence.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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