Generali nourrit le feu des rumeurs de consolidation dans l’assurance
Jamais une OPA hostile aussi énorme et aussi risquée n’avait été envisagée dans la finance européenne depuis celle visant ABN Amro avant la crise financière. L’action de Generali a atteint son plus haut depuis 2010 hier, après des rumeurs de rachat par la banque Intesa Sanpaolo. C’est l’assureur triestin lui-même qui a donné de la légitimité à ces allégations de la presse italienne, en annonçant lundi soir avoir acquis 3,01% du capital d’Intesa, via un emprunt de titres. En effet, en vertu des règles italiennes sur les participations croisées, Intesa ne peut désormais détenir plus de 3% des droits de vote de Generali. Le seul moyen pour la banque de contourner cette limite serait d’acquérir au moins 60% du capital de l’assureur, ce qui lui coûterait 14,5 milliards d’euros au cours actuel. Intesa a confirmé mardi soir que sa direction «examine attentivement et examinera toute possibilité de renforcer sa position et sa performance (...) y compris d'éventuelles combinaisons sectorielles avec Assicurazioni Generali». La banque ajoute que conformément à son «business plan», elle cherche à croître dans les domaines de la gestion d’actifs, la banque privée et l’assurance, y compris par le biais de partenariats internationaux.
La Stampa et La Repubblica avaient écrit ces derniers jours qu’Intesa Sanpaolo souhaitait faire une offre en titres sur Generali, dans le cadre d’un accord avec Allianz. La banque italienne investirait entre 5 et 6 milliards d’euros pour protéger les intérêts italiens de Generali, et l’assureur allemand rachèterait certains actifs. Le partenariat serait un moyen de bloquer un rapprochement entre Axa et Generali. Cette rumeur vieille de quelques années est revenue sur le devant de la scène depuis que Philippe Donnet, qui a longtemps travaillé chez Axa, a pris la tête de Generali en mars 2016. Pourtant, le dirigeant, et son confrère d’Axa Thomas Buberl, ont tous les deux démenti un tel projet d’union.
Intesa chercherait aussi à protéger sa position dominante en Italie, «potentiellement menacée à long terme par la restructuration à venir du système bancaire italien», suggèrent les analystes de Natixis. De son côté, Allianz pourrait être intéressé par les activités de Generali en Suisse, en Espagne et en Europe de l’Est, selon Andreas Schaefer chez Bankhaus Lampe.
Generali fait l’objet de rumeurs de rachat depuis le départ de son PDG Mario Greco en début d’année 2016, et la chute du cours de Bourse qui a suivi. En décembre dernier, le titre perdait 15% sur un an. Ce mois-là, la rumeur a couru qu’Allianz envisageait d’acheter les activités françaises de l’italien.
Les rumeurs sont aussi alimentées par les velléités de Mediobanca, actionnaire principal de Generali, de réduire sa participation de 13% actuellement (voir le graphique). En novembre dernier, le directeur général Alberto Nagel a envisagé l’abaisser à 10% à court terme. D’après Enrico Esposti, analyste à la banque d’affaires Akros, «le plus simple [pour Intesa Sanpaolo] serait d’acquérir la participation de Mediobanca dans Generali, ou bien d’acquérir directement une participation dans Mediobanca. […] Un rôle clé pourrait être joué par UniCredit, qui détient 8% de Mediobanca et s’apprête à lancer une augmentation de capital».
Un nouvel acteur systémique
Malgré tout, l’opération est jugée peu probable par beaucoup d’analystes. D’abord, elle serait complexe et poserait des problèmes de concurrence. Intesa est numéro un sur le marché de l’assurance vie en Italie, devant Generali. En Allemagne, Allianz est premier et Generali deuxième en parts de marchés.
Deuxièmement, les ambitions d’Intesa restent à confirmer. La banque vise 3 milliards d’euros de dividendes en 2016, et 4 milliards en 2017. Contrairement à sa concurrente UniCredit, elle n’est pas jugée systémique (G-SIB) par le Conseil de stabilité financière (FSB). Acquérir Generali, qui détenait 521 milliards d’euros d’actifs au 30 juin 2016, la ferait sûrement passer dans cette catégorie «avec une charge plus importante en termes de capital requis et de distribution des dividendes», souligne Natixis.
Du côté d’Allianz aussi, le doute plane. Son budget d’acquisitions est estimé à environ 3 milliards d’euros, et peut éventuellement atteindre 5 milliards grâce à une levée de dette, selon Citi. Soit largement en dessous de la capitalisation de Generali. Le rebond de l’action «à lui seul rend moins probable une offre opportuniste», souligne l’analyste. En outre, l’acquisition irait contre la stratégie d’Allianz de privilégier les activités peu coûteuses en capital. «Les opérations allemandes de Generali ne lui apporteraient rien à part le réseau de distribution», estime son confrère de Bankhaus Lampe. Enfin, Allianz s’exposerait à la dette souveraine italienne – Generali en détient pour 70 milliards d’euros. Il devrait alors immobiliser des montants en capital, ce à quoi échappe Generali en étant italien.
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