L’afflux de liquidités met les fonds LBO sous pression
L’engouement des investisseurs institutionnels pour le private equity n’a pas que des bons côtés. Après un millésime 2017 encore très dynamique en termes de levées de fonds LBO, qui porte la poudre sèche à près de 520 milliards de dollars, les gérants affrontent une concurrence accrue pour déployer leurs engagements, notamment de la part des grands corporates. Les tensions sur les prix se sont encore exacerbées, avec plus de la moitié des opérations bouclées l’an dernier à des multiples supérieurs à 11 fois l’Ebitda selon Cambridge Associates, contre moins de 35% en 2007, ce qui force les fonds à être de plus en plus sélectifs pour ne pas dégrader leurs performances.
Troisième meilleur millésime de l’histoire en termes de sorties, avec 366 milliards de dollars, l’année 2017 a encore enregistré une très forte présence d’acquéreurs industriels, qui ont représenté près de 70% des cessions d’entreprises par des fonds. Plus généralement, les fonds de LBO n’ont représenté que 8% des 38.500 entreprises qui ont changé de main l’an dernier sur le marché des fusions-acquisitions. «Les corporates sont des concurrents très agressifs sur ce marché, car la croissance mondiale demeure faible et le M&A est de plus en plus important pour produire de la croissance», souligne Jean-Marc Le Roux, responsable France du private equity chez Bain.
Pour tirer leur épingle du jeu, les fonds de LBO tentent de plus en plus de préempter les opérations en anticipant les mises sur le marché dans les deux prochaines années d’actifs acquis il y a trois ans. «Certains acteurs s’intéressent aussi au portefeuille des sociétés zombies qui n’ont pas levé de fonds depuis une dizaine d’année», relève Jean-Marc Le Roux.
Au-delà de la question du sourcing se pose également celle des valorisations, qui peuvent mettre en danger la performance et imposent de la sélectivité. «Quand il n’y a pas de croissance organique, payer un multiple de 10 fois l’Ebitda n’est pas intéressant car on perd de l’argent si le marché consolide en termes de valorisation», explique un acteur français qui intègre depuis 2016 dans ses simulations l’impact d’une baisse de 1 à 2 tours d’Ebitda. La sélectivité est complétée par une approche davantage tournée vers les build-up. Ces derniers ont représenté l’an dernier 50% des opérations de LBO tracées par Dealogic, contre 40% en 2012 et 45% en 2014. «Hors build-up, le nombre de transactions aurait baissé l’an dernier de 14%, ce qui montre que le déploiement des liquidités est une source de préoccupation», analyse Jean-Marc Le Roux.
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