Olivier Paquier : « La transparence est un atout majeur des ETF et il faut la conserver »
Treize ans après avoir vendu à BNP Paribas AM sa participation dans la gamme EasyETF, Axa IM s’est à nouveau positionné, en septembre dernier, sur le segment des fonds cotés en Bourse, en ciblant tout particulièrement les ETF de gestion active. Pour assurer la commercialisation de cette nouvelle offre, elle a recruté Olivier Paquier. Cet ancien de SPDR et JP Morgan AM, en poste depuis un mois, revient sur les grandes tendances de ce marché en forte croissance.
En quoi les ETF sont-ils un véhicule adapté à la distribution de stratégies de gestion active, au-delà de la gestion indicielle ?
Ces derniers mois, on constate une accélération de l’utilisation des ETF par les clients, institutionnels comme épargnants individuels, pour accéder à des stratégies de gestion, qu’elles soient indicielles ou actives. Les ETF sont connus pour leur liquidité et leur transparence. Or, avec l’inflation et la hausse des taux, ces deux caractéristiques sont de plus en plus importantes pour les clients, en particulier sous un prisme de gestion des risques : ils ne cherchent plus seulement de la liquidité, mais une liquidité accrue ; ils ne veulent pas seulement de la transparence, mais une transparence quotidienne et un prix quasiment en temps réel. L’ETF est donc un instrument particulièrement adapté aux besoins actuels d’un grand nombre de clients.
Comment cela se traduit-il dans votre offre ?
Nous avons pour l’instant lancé trois ETF : deux ETF actifs sur des thématiques ESG (climat et biodiversité) et un ETF indiciel répliquant le Nasdaq 100. Nous avons une logique de gamme très marquée sur les ETF. Nous souhaitons promouvoir l’innovation sur le marché et mettre l’accent sur l’investissement responsable, qui est désormais au cœur des préoccupations du secteur de la gestion d’actifs. Nous visons aussi une complémentarité de notre gamme avec l’offre de fonds existante d’Axa IM : nous nous appuyons sur les équipes de gestion en place mais sans dupliquer ce qui existe déjà. Ainsi, nos deux ETF thématiques sont plus quantitatifs et plus diversifiés, avec une centaine de lignes contre une cinquantaine pour les fonds existants, et répondent à des impératifs de liquidité forts. Nous avons commencé par des ETF actions, car ces derniers concentrent les trois-quarts du marché. Nous offrons notamment une exposition au marché américain, très demandé. A l’avenir, nous allons à élargir les classes d’actifs couvertes, en ciblant très probablement les obligations puisque 2023 est une année de fort rebond pour le fixed income. Nous pourrons le faire via des ETF indiciels, qui viseront une efficience en termes de coûts, ou via des ETF actifs, qui autorisent davantage d’innovation. Nous réfléchissons à plusieurs lancements, mais rien n’est encore déterminé.
Quel type de clients visez-vous ?
Depuis le lancement de l’activité en septembre dernier, nous avons collecté plus d’un milliard d’euros. Nous ciblons tout type de clients, des institutionnels aux particuliers, y compris hors d’Europe. Nous avons ainsi enregistré nos ETF dans une quinzaine de pays. Le format Ucits est une référence reconnue partout dans le monde, en dehors de l’Amérique du Nord. Pour un asset manager, les ETF permettent une diversification géographique de leur base de clientèle et stabilisent les encours : même dans un marché difficile comme celui de 2022, les sorties sont restées très limitées.
Quelles tendances constatez-vous au sein de la clientèle institutionnelle ?
Parmi nos clients, on trouve des asset managers qui utilisent les ETF principalement comme des briques d’allocation pour leur multigestion, mais aussi de plus en plus, comme un produit de transition. Ainsi, en attendant de sélectionner une gestion de conviction, ils positionnent temporairement leur portefeuille sur des ETF actifs. A l’issue de cette transition – dont on constate qu’elle peut durer assez longtemps d’ailleurs –, le client qui revend son ETF peut choisir de ne pas recevoir uniquement du cash et préférer le transfert direct de certains titres de l’ETF vers son nouveau fonds, ce qui est économiquement plus efficient. Nous comptons aussi parmi nos clients des institutionnels, tels que des assureurs qui utilisent les ETF à la fois dans leur offre d’unités de compte et dans la gestion de leur actif général. Nous voyons aussi de plus en plus de grandes entreprises qui se positionnent sur les ETF, y compris actions, pour investir leur surplus de trésorerie. Pour ce type de clientèle professionnelle, le règlement-livraison peut même se faire à J+1 au lieu de J+2, ce qui rend les ETF bien adaptés à leurs besoins.
Qu’apportent les néo-brokers en termes de distribution retail des ETF ?
Les plateformes digitales se sont beaucoup développées en Allemagne et en Italie, et elles arrivent en France. Elles permettent de toucher une clientèle jeune – souvent de moins de 35 ans – qui veut un accès en temps réel au prix de leurs actifs. Les ETF répondent bien à ce besoin : ce sont d’ailleurs le seul type de fonds présents sur ces plateformes. En outre, ces acteurs proposent désormais des solutions d’investissement, de type portefeuilles modèles, sur lesquelles une société de gestion diversifiée comme Axa IM aurait aussi une expérience à apporter, au-delà du référencement de ses propres ETF.
Un des atouts des ETF passifs est leur coût très compétitif. Qu’en est-il des ETF actifs ?
La gestion active mobilise du capital intellectuel, ce qui se traduit par des coûts plus élevés qu’en gestion indicielle, même sous format ETF. Par exemple, nos ETF actifs ont des frais totaux de l’ordre de 70 points de base, contre 14 pour notre ETF passif. Cela étant, le véhicule ETF permet de réduire certains coûts, y compris dans le cas de la gestion active : il ne nécessite pas d’agent de transfert, le règlement-livraison est automatisé et les coûts de friction sont réduits du fait de la forte liquidité du sous-jacent. De plus, il permet d’investir immédiatement, là où la mise en place d’un mandat – potentiellement moins cher – prend du temps. Cette efficience naturelle en termes de coûts est une des raisons qui expliquent que les ETF actifs connaissent une croissance de l’ordre de 30 % actuellement.
Aux Etats-Unis, le marché des ETF actifs a véritablement décollé lorsque le régulateur les a autorisés à être moins transparents sur leurs portefeuilles, afin de préserver la propriété intellectuelle du gérant. Que dit le régulateur européen ?
Le marché américain des ETF est très différent des autres marchés. Il avait atteint un fort niveau de maturité et les ETF actifs apparaissaient comme un vrai relais de croissance. En Europe, l’objectif premier est la protection de l’investisseur final. C’est d’ailleurs ce qui rend le format Ucits attractif aux yeux d’autres régions du monde. En Irlande, qui héberge le plus important écosystème d’ETF hors Etats-Unis, le régulateur a réitéré l’importance d’avoir une transparence quotidienne sur tous les ETF, indiciels comme actifs. C’est un atout majeur de l’instrument et il faut le conserver.
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