ETF, les nouveaux enjeux autour de la construction d’indices
L’essor du marché mondial des ETF a provoqué une redéfinition des indices en 2023, avec des gérants de plus en plus désireux d’une approche sur-mesure. L’appétit de la clientèle privée pour les thématiques d’investissement et le déploiement de l’approche durable rebattent les cartes, et certains fournisseurs d’ETF peuvent s’affranchir des grands promoteurs d’indices (MSCI, S&P...) pour élaborer avec ou sans eux leurs propres indices.
Evolution
Pour Salvatore Catalano, directeur des ventes Italie et France chez VanEck Europe, la construction d’indices propriétaires devient aujourd’hui une nécessité : “La gestion de portefeuille s’est complexifiée au fil des années avec la montée en puissance du smart beta. À cela s’ajoute aujourd’hui les ETF gérés activement». La maison de gestion utilise à la fois les indices de providers externes, capables de délivrer une forte valeur ajoutée, ainsi que des indices propriétaires. Dans tous les cas, “les critères les plus importants d’un indice sont sa liquidité, ainsi que les critères de market cap. Il est également essentiel de retenir une approche ‘pure player.’ On choisit des titres dont au minimum 50 % du chiffre d’affaires est généré par le secteur ou la thématique de l’indice”, précise Salvatore Catalano qui pointe au passage des différences parfois criantes entre deux ETF qui s’engagent à suivre deux univers d’investissement identiques.
Tout récemment, Morningstar a mis sur pied un service d’indexation. Il est proposé aux maisons de gestion de personnaliser un indice Morningstar ou de créer leur propre solution propriétaire. Des raisons économiques peuvent pousser les gérants à choisir l’une ou l’autre option. «Il pourra être parfois bien moins cher de simplement personnaliser un indice, en ajoutant un filtre, que d’en créer un de toutes pièces”, partage Ron Zeitoun.
Transparence des providers
Si la «marque» n’est désormais plus primordiale aux yeux des gestionnaires qui n’hésitent plus à choisir des fournisseurs d’indices de plus petite taille (Solactive par exemple), les fondamentaux restent les mêmes.
«On doit comprendre la façon dont l’indice sous-jacent à l’ETF est construit, appuie Abdelhakim El Attar, gérant multigestion chez Eres Gestion et investisseur en ETF. Mais aussi regarder la pureté de l’ETF par rapport à la thématique affichée. De plus, il faut ensuite le comparer aux OPC classiques présents sur la même thématique, regarder le couple rendement/risque. Quand il y a un risque de controverse, la transparence est plus grande et l’arbitrage plus rapide si on est investi dans le titre de l’entreprise via un ETF», compare-t-il.
Une transparence devenue un enjeu majeur depuis l’introduction en Europe du Règlement Benchmark (BMR). Celui-ci impose aux fournisseurs d’indices boursiers d'être transparents sur la composition de leurs indices de référence auprès de leurs utilisateurs et investisseurs. Des questions se posent toutefois sur l’application du BMR, quand une étude de l’Esma estimait l’année dernière qu'à peu près 90 % des indices PAB, alignés sur l’Accord de Paris sur le climat, sont proposés par des administrateurs non-européens. “On les catégorise comme des third country benchmark dans le BMR. Les acteurs européens peuvent utiliser leurs données, pour la gestion active comme pour la gestion passive. Bien qu’ils ne soient pas exactement soumis aux mêmes lois que les fournisseurs locaux, les acteurs non européens restent assujettis à une réglementation très encadrée”, précise Ron Zeitoun.
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